Archives mensuelles : avril 2009

Un webdocumentaire sur fond de crise économique

Camion
Camion
Camion de pitoune, La Tuque, Québec, août 2009
Camion de pitoune, La Tuque, Québec, août 2008

On vient de m’inviter à me joindre à l’équipe qui travaillera sur ce nouveau projet de webdocumentaire avec l’Office national du film du Canada. Un projet qui, en plus de couvrir la crise économique sur une année, d’un océan à l’autre, permettra un travail sur la forme documentaire. Par le fait même, cette production participera au débat sur l’état du documentaire à l’ère du Web 2.0 et des difficultés liées à sa production et sa diffusion, le tout, sur fond d’importantes coupures.

Mais avant tout, un projet documentaire emballant.

Je cite le communiqué de presse qui définit les grandes lignes du projet et qui invite les internautes à venir visiter et participer au blogue du projet.

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L’Office National du Film du Canada présente

Un webdocumentaire sur fond de crise économique

PIB

Malgré la crise, ils persistent, imaginent et bâtissent.

À la manière des changements profonds que subit la société, la crise économique actuelle bouleversera nos vies. Au-delà des pertes d’emploi et des changements de carrière, elle modifiera le parcours, voire, le destin de plusieurs personnes. Tous les jours pendant un an, le webdocumentaire PIB témoignera de l’impact de la récession dans la vie de dizaines de Canadiens et de Canadiennes.

Aux quatre coins du pays, une équipe de cinéastes et de photo-essayistes mettront leur créativité et leur sensibilité au service de cette expérience novatrice. Grâce à leur regard aguerri, ils nous feront découvrir des histoires inattendues. Au cœur du récit : 15 lieux névralgiques avec leurs différents « acteurs de changement », des hommes et des femmes de tous âges, de tous horizons et de différents secteurs d’activité, qui influenceront le cour de l’histoire en faisant preuve de résilience et d’inventivité à travers les épreuves qu’ils devront surmonter. Qu’ils s’agisse d’un négociateur sur le parquet de la bourse de Toronto, d’un barbier de Fort McMurray, d’un organisateur d’un grand festival international ou du client d’un centre de main-d’œuvre à Montréal, leurs courts récits documentaires enrichiront cette grande œuvre collective au fil des semaines.

À compter de l’automne 2009, les internautes pourront suivre l’expérience en direct. Par sa nature interactive, ce projet ne peut être probant sans l’engagement et la participation citoyenne. Les programmes anglais et français de l’office national du film du Canada espèrent que ce site bilingue deviendra un lieu d’échange et de solidarité sociale à l’échelle nationale. D’ici la mise en ligne du site officiel, nous vous invitons à consulter notre blogue et à partager vos histoires à recession.onf.ca.

L’impact de la crise aux États-Unis

Détroit
Détroit
Détroit, Michigan, États-Unis, 1993
Détroit, Michigan, États-Unis, 1993

Toujours sur la crise économique, voici un extrait d’un reportage photos à Détroit que j’ai fait en 1993, au moment où la ville et les travailleurs étaient déjà très affectés par la crise de l’automobile. Nous voulions documenter l’impact de cette crise sur les travailleurs de même que l’annonce du gouverneur de l’État du Michigan qui allait couper l’aide sociale à toute personne, après deux années de bénéfices. Mais comment pouvait-on imaginer un État sans dernier recours pour sa population privée de travail ?

Nous sortions à peine des années Reagan.

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Pour poursuivre dans le même sens, et avec la crise actuelle, deux liens vers Magnum et ses essais photos.

Crise économique et mépris… Et l’indignation dans tout ça ?

Camion de pitoune, Dolbeau-Mistassini, août 2008
Camion de pitoune, Dolbeau-Mistassini, Québec, août 2008

En ces jours où on ne parle que de crise économique, je me suis amusé à faire un collage de textes au sujet de la faillite très probable d’AbitibiBowater. Pour ce faire, j’ai choisi, dans Le Devoir de samedi dernier le commentaire de Gil Courtemanche (GC) intitulé “Les victimes de la crise” ainsi que l’éditorial de Jean-Robert Sansfaçon (JRS), “AbitibiBowater – Incompétence et mépris”.

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« Avec 7500 employés et 9000 retraités, AbitibiBowater est l’un des plus importants employeurs au Québec. Endettée par-dessus la tête, la compagnie vient de se placer sous la protection des tribunaux pour tenter de restructurer ses activités et sa dette de quelque 8,7 milliards. […] » (JRS)

« Voilà d’ailleurs un cas typique d’industrie qui s’est longtemps appuyée sur la faiblesse du dollar canadien pour engranger des profits non mérités; une industrie qui a épuisé la ressource la plus facilement accessible et qui exige maintenant que les gouvernements paient pour le reboisement et la construction de chemins forestiers tout en lui cédant le bois et l’énergie pour des peanuts. En somme, un autre beau cas de compagnie dirigée par des patrons imprévoyants tout juste capables de se remplir les poches sans se soucier de l’avenir des régions qui les ont accueillis.

« Malgré ce constat dramatique, les gouvernements n’ont pas le choix, eux qui ont si longtemps été complices. […] » (JRS)

« Pendant ce temps, le gouvernement de Stephen Harper n’en a que pour l’exploitation pétrolière de l’Ouest et le sauvetage de l’industrie de l’auto en Ontario, les deux régions du pays sur lesquelles il compte le plus pour remporter les prochaines élections. […] » (JRS)

« Alors qu’on tente toujours désespérément d’éviter que GM et Chrysler se placent sous la protection des tribunaux, cette étape vient d’être franchie par AbitibiBowater sans que le gouvernement conservateur lève le petit doigt. Voilà ce qu’on appelle du mépris. » (JRS)

« Et la colère, bordel? Et l’indignation? Et le sentiment de profonde injustice? Ils [les travailleurs qui ont perdu leur emploi] sont où? Ils s’expriment comment? Ils ne s’expriment pas, car ils n’ont jamais été formulés, ni par les politiques, ni par les syndicats. Alors, comment demander aux travailleurs de mettre en forme et en action leur sentiment d’être des paumés de la terre? Des paumés riches, mais des paumés quand même.

« En France, à Mantes-la-Jolie, 200 ouvriers de FCI, quatrième producteur mondial de connecteurs, ont décidé d’occuper leur usine menacée de délocalisation à Singapour. C’était le 24 février. L’usine et la compagnie étaient rentables, mais le fonds d’investissement américain, ce genre de groupe anonyme de riches qui veulent devenir plus riches, souhaitait une plus grande rentabilité. L’usine de FCI a rouvert ses portes mardi dernier et une entente a été conclue qui garantit les emplois au moins jusqu’en 2011. […] » (GC)

« Posons-nous une question. Pourquoi avons-nous l’indignation automatique quand la «nation» est brimée, snobée, oubliée, et faisons-nous le mort quand nos ouvriers prennent le chemin du chômage, de la fin de leur vie active, que leur retraite n’est pas assurée? Posons une autre question. Pourquoi la capacité de mobilisation des centrales syndicales est-elle si faible? Et une question subsidiaire: pourquoi leurs propositions pour faire face à la crise sont-elles si minces et si vides? […] » (GC)

« Abitibi-Bowater va faire faillite. Ce n’est pas la faute de ses employés efficaces et productifs, qui ont fait moult concessions. L’entreprise est tuée par une dette énorme accumulée pour acquérir, pas pour produire. Et ce sont les travailleurs qui paieront de leur maison, certainement pas les dirigeants qui ont coulé le bateau. Il faudrait peut-être commencer à être en colère. Pourquoi ne pas occuper une usine, s’approprier le bois ou le papier? Cesser de laisser les voleurs voler. » (GC)

La troupe Bad Taste Cru

Bad Test Crew, Dance City, Newcastle, 6 avril 2009
Bad Taste Cru, Dance City, Newcastle, 6 avril 2009

Ils sont une dizaine que la passion de la danse lie. Au départ le groupe Bad Taste Cru est d’origine Irlandaise du Nord. Mais à y regarder de plus près, même cette homogénéité apparente cache une réalité bien irlandaise.

Cette troupe de danse a vu le jour au lendemain de l’attentat le plus meurtrier d’Irlande du Nord. Nos sommes le 15 août 1998 à Omagh, après les Accords du Vendredi Saint qui ont instauré un fragile processus de paix qui dure depuis. C’est par cet événement où 29 personnes sont tuées que l’IRA véritable se fait connaître du grand public. Cette organisation dissidente de l’Armée républicaine irlandaise (IRA) signataire des accords, réclame toujours une République Irlandaise.

Contre toute attente, au lendemain de cet attentat, la population locale s’unit contre l’IRA véritable et en faveur de la paix et ce, bien au-delà du clivage religieux qui trace la frontière entre les ennemis de ce conflit fratricide. « Personne ne pouvait imaginer que la population catholique et protestante s’unirait à ce point pour la paix, me confit Darren l’un des membre fondateur du groupe. Une première depuis ces longues années de conflit. »

Bad Taste Cru est né de ces cendres. Quelques jeunes férus de Hip Hop et de culture autre que traditionnelle dans laquelle les deux camps s’étaient retranchés, se sont réunis. Ils étaient catholiques ou protestants, mais cela n’avait aucune prise sur eux. Ils voulaient évoluer dans une autre histoire, ils voulaient faire du Street et du Break Dance. Leur mixité religieuse qui n’est toujours pas au goût du jour ainsi que le désir de s’exprimer dans une culture qui n’est « pas » leur, les ont obligé à s’exiler. Cette culture ouverte sur le monde les a amenés à se retrouver ailleurs.

C’est dans les rues de Newcastle que Bad Taste Cru a élu domicile. Aujourd’hui, après des années sans ressources ni facilité, les voilà en résidences au Dance City. En plus d’un domicile fixe, ils sont maintenant appelés à se produire partout en Grande-Bretagne et ailleurs, sur les scènes de compétitions de cette danse de performance. Parfois, certains d’entre eux retournent en Irlande du Nord pour quelques spectacles mais surtout le temps d’y faire des ateliers de Street Dance auprès des jeunes de leur communauté.

Parce que cela aussi fait partie de leur philosophie : redonner à la communauté ce qu’ils ont appris.

Rokas du Bad Teste Cru

Rokas, Dance City, Newcastle, 9 avril 2009
Rokas, Dance City, Newcastle, 9 avril 2009

C’est la passion de la danse, et plus précisément du Break Dance et du Hip Hop en général, qui aura mené Rokas de sa Lituanie natale à Newcastle en Angleterre, après un détour en science politique à Londres et un programme d’échange international de danse à Copenhague.

« Bad Taste Cru est davantage une histoire de famille qu’une compagnie de danse, me raconte-t-il lors d’un atelier avec Afro Reggae au Dance City de Newcastle. Bien entendu, nous partageons une même passion pour la danse. Toutefois c’est davantage l’esprit de famille qui règne au sein du groupe qui nous rassemble que la compétence de chacun. Nous partageons les mêmes valeurs. Nous mettons la danse au-dessus de tout. Nous aurions pu tous faire différemment. Mais parce que nous aimons tellement danser, nous nous sommes retrouvés ensemble. L’amour de la danse est la principale raison qui cimente le groupe. Oui, la musique et la culture…  je suppose que c’est ça que nous partageons. Parce que nous croyons au pouvoir de la culture qui peut changer les choses, les gens et nous-mêmes.

« Le Hip Hop c’est un phénomène incroyable. Je suis de la Lituanie, déménagé dans le Nord à Newcastle pour joindre un groupe de danseurs principalement Irlandais… il y a aussi un gars d’Allemagne et un autre de Hong Kong… C’est comme ça. C’est fou de trouver cela à Newcastle. C’est ce qui arrive partout dans le monde. C’est ce que fait la culture, c’est ce que fait le Break Dance et le Hip Hop. »