Archives pour la catégorie Retour sur mon travail

Pour me souvenir d’où je viens…

«Chambre noire», 2 avril 2013

«Chambre noire», 2 avril 2013

«Chambre noire», 2 avril 2013

Mercredi dernier, Le Devoir publiait « Tireur d’élite à l’oeuvre » d’Annie Lafleur, sur le travail de l’artisan-tireur en chambre noire, Alain Lefort de Montréal. Je me suis empressé de découper l’image et de la punaiser sur mon mur de bureau, côte à côte avec la photographie de ma fille et de l’écran de l’ordinateur… pour me souvenir d’où je viens.

Longtemps, j’ai fait de la chambre noire et beaucoup. Pour moi, pour d’autres. La dernière fois où j’y ai fait un travail important remonte à l’hiver 2007 en vue de Chroniques afghanes — l’expo (2003-2006).

Depuis, j’ai acheté mon premier appareil numérique et n’y suis plus beaucoup retourné. Par pur plaisir, j’ai aussi acquis un Mamiya 6, pour revenir à une photographie différente, plus posée, plus réfléchie. Je ne l’utilise pas beaucoup (quelques portraits ici et , et quelques rouleaux lors de mon séjour à Erbil en Irak, ici et ).

Vivement un certain retour à la pellicule et ses moments passés en chambre noire. Ces heures de travail minutieux, parfois « zen », un peu solitaire comme l’acte photographique d’ailleurs permettent un temps d’arrêt propice à la réflexion, au développement, à l’écoute. Je me donne donc deux ou trois ans pour réaménager un espace au sous-sol… le temps que les petits soient moins petits.

D’ici là, restera-t-il de la pellicule, du papier et des produits chimiques pour la pratique de cet art en disparition?

 

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Au sujet de mon bureau : depuis maintenant un an, je suis intervenant au Comité chômage de Montréal. Cela représente un certain retour parce qu’au cours des années 1995 à 1997, j’y ai travaillé.

Est-ce que je m’éloigne de ma démarche comme documentariste? En quelque sorte oui peut-être mais reste bien collé à mon engagement social. Toutefois, ce qui est clair, c’est que je me sépare de l’obligation de vivre du documentaire. Parce que cette pression (d’en vivre), le mode de financement propre à sa production et la frilosité des télédiffuseurs auront eu raison de ma persévérance.

 

Jules… ou «Images du quotidien» – un nouveau début

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Jules a trois mois, 20 mars 2013

C’est au tour de Jules de prendre une grande place dans ma vie. Un deuxième enfant, cela ressemble plus, on dirait, à une famille.

Avant, j’avais une fille; là j’ai une famille.

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Depuis que je fais de la photographie, j’ai beaucoup photographié les gens qui m’entourent, au jour le jour. J’ai toujours vu cela comme un travail de documentation. Pas tant que ma vie, mes occupations et mes préoccupations soient si intéressantes. Je considère plutôt cette démarche dans la perspective que le quotidien et l’ordinaire méritent aussi d’être documenté : pourquoi garder mon travail photographique qu’aux tragédies, à l’Autre, le différent

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Jusqu’à l’achat de mon premier appareil numérique, il « suffisait » de regarder mes planches contacts pour y lire, en quelque sorte, mon cheminement, y voir mes rencontres, mes projets.

Aujourd’hui, cet appareil et son instantanéité rend ce travail documentaire du quotidien peut-être plus facile (quoique le nombre d’images le rend parfois plus ardu).

Je reste donc bien collé au « ça a été » de Roland Barthes, dans La chambre claire.

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Bien des mots pour dire que je tente une nouvelle aventure avec mon blogue. Je me lance le défi de documenter mon quotidien en images, au fil des jours et des saisons sur une base régulière.

Je réactive donc la catégorie «Images du quotidien».

Théo Angelopoulos – chapitre par chapitre

Du long entretien que Theo Angelopoulos nous accordait à Catherine Pappas et moi, pour Parole citoyenne en 2005, voici quelques idées maîtresses découpées par chapitres.

 

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Alexandre le Grand et la fin des utopies

« On est arrivé à la fin du siècle avec un goût amer », regrette le cinéaste. « Un siècle qui a pourtant commencé avec quelques promesses. »

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Dire la dictature

Ses premiers pas de cinéaste, Théo Angelopoulos les fait en Grèce pendant le Règne des Colonels (1967-1974). Reconstitution (1970) et Jours de 36 (1972) racontent la dictature, mais avec des silences et des insinuations.

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L’invitation à la fiction

Un jour, le cinéaste part en reportage pour un documentaire financé par la télévision nationale afin de documenter la nuit du nouvel an d’un soldat seul à la frontière. Ce séjour inspirera le titre et le contenu d’un long-métrage de fiction réalisé en 1990, Le pas suspendu de la cigogne.

 

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Heureux qui comme Ulysse

« Nous avons tous perdu dans cette histoire. », soupire-t-il.

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L’état du cinema

Réduit à sa simple fonction de spectacle, il [le cinéma] est le miroir d’une société sans politique et sans politicien. Mais il existe, malgré tout, des îlots de résistance : «Des gens, partout dans le monde, qui continuent à chanter. Peut-être sans savoir que leur voix est entendue par très peu de gens ici et là.»

Et il termine cette discussion par ces magnifiques mots:

Les maux de notre époque

Tous les grands rêves de notre époque ont échoué, laissant derrière un vide immense. Il ne reste que les frontières pour en témoigner. Mais d’où viendra la nouvelle utopie ? « Par quels mots-clés pourrait-on faire vivre un nouveau rêve collectif ? » demande le personnage de Mastroiani dans Le pas suspendu de la cigogne. « Korfoula mou » répond Angelopoulos en reprenant les mots prononcés par le poète de L’Éternité et un jour.

Théo Angelopoulos – entretien et essai photo

Vue sur Karditsa, Thessalie, Grèce, 1999

Trikala, Grèce, 1999

Café à Rahoula, Karditsa, Grèce, 1999

Thessalonique, carrefour culturel, Grèce, 1999

C’est hier en fin de journée que j’ai appris la mort de Théo Angelopoulous. Décédé des suites d’un accident banal, le cinéma vient de perdre un très grand.

Triste fin.

 

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En 2005, j’ai eu la chance de rencontrer Théo Angelopoulos lors de l’un de ses nombreux passages à Montréal. Avec ma collègue et amie Catherine Pappas, nous avons réalisé un long entretien avec ce maître du cinéma pour le compte du Parole citoyenne de l’ONF.


En voir plus

Découpée en une dizaine de clips (voir Theo Angelopoulos – chapitre par chapitre), cette entrevue était accompagnée d’un essai photographique sur la Grèce du Nord que nous signons tous les deux ensembles, dont voici un court extrait – plus haut. (Je tenterai dans les prochains jours de publier l’ensemble des photographies.)

 

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Ce que nous publiions alors sur le site de Parole citoyenne :

Théo Angelopoulos est né à Athènes en 1935, entre dictature, exil et guerre civile. Terre natale de la tragédie, la Grèce devient son terrain privilégié. Un pays qu’il dépeint d’un bleu-gris glacial, noyé dans la pluie et le brouillard.

D’un film à l’autre, le cinéaste grec impose un style qui exige du spectateur une présence critique face au cinéma et face au monde. Il n’explique rien. Il montre, il raconte, il contemple. Le rythme de ses œuvres est mélancolique, lent et solennel. Face à un monde fragmenté et amnésique, Théo Angelopoulos résiste au travers du cinéma.

 

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Dans le Monde je cite l’article « Theo Angelopoulos, l’éternité et une nuit » de Jacques Mandelbaum

« […] Tout l’arsenal poétique d’Angelopoulous se précise ici. Le refus de l’héroïsation, la parcimonie du dialogue, le goût de l’épure et de la distanciation, de l’ellipse et de l’allégorie. S’il fallait retenir un mot-clé, ce serait celui de voyage.

Angelopoulos nous aura fait voyager comme personne, dans le temps et dans les paysages, à travers la matière et l’esprit. Il excelle, souvent dans un même mouvement de caméra, à convoquer des réalités et des époques différentes, à faire cohabiter le mythe et la réalité, le théâtre et l’Histoire, l’imaginaire et le politique.

[…] »

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Je vous réfère aussi à l’article « Theo Angelopoulos 1935-2012 – Le maître du brouillard s’est éclipsé » d’Odile Tremblay publié dans Le Devoir de ce matin.

H comme Haïti… ou plutôt quand je me rappelle le 12 janvier 2010

Port-au-Prince, Haïti, 19 janvier 2010

Église du Sacré-Coeur, Port-au-Prince, Haïti, 19 janvier 2010

Je me souviens. Au moment du séisme de janvier 2010 à Port-au-Prince, j’étais dans ma chambre noire à Montréal. Je m’amusais à imprimer des photos quand la nouvelle est tombée. Michel Desautels de la radio de Radio-Canada l’annonçait brièvement, quelques minutes avant les informations de 17 h. On ne savait encore presque rien.

Ensuite, le déluge est arrivé : les médias se sont emparés de la catastrophe et en ont abusé.

Le lendemain, j’ai fermé la radio – un trop plein d’info et de répétition – pour me réfugier dans la lecture de Pays sans chapeau de Dany Laferrière que j’étais allé me procurer.

Ce jour-là s’est terminée par une question de ma copine : « Irais-tu si l’on te le demandait ? » « Je pense que oui, ai-je répondu après une courte hésitation, parce que je crois que c’est important de témoigner. »

24 heures plus tard, le Centre d’étude et de coopération internationale – CECI – me demandait de me joindre à une première équipe qui se rendait là-bas pour rendre compte de la situation et du travail déjà en cours par l’organisation.

L’équipe sur le terrain était composée de : Philippe Fehmiu à l’animation, Myriam Fehmiu au communications du Ceci, Benoit Aquin comme photographe, Jean-François Dumas à la prise de son et moi comme réalisateur et directeur de la photo en vidéo.

Pour la suite, je vous renvoie à mes entrées du moment.