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« Favela Rising » au Drop in de Saint-Michel

 

Drop in dans le quartier de St-Michel, Montréal, 15 mai 2009
Drop in dans le quartier de St-Michel, Montréal, 15 mai 2009

 

Hier soir, je présentais aux jeunes du Drop in, le documentaire « Favela Rising » de Jeff Zimbalist et Matt Mochary. Le film relate l’historique du mouvement qu’est devenu Afro Reggae mais surtout trace le portrait d’Anderson l’un des chanteurs et leader du groupe.

L’aventure commence dans la favela de Vigario Geral à Rio de Janeiro en 1993, au lendemain d’un massacre de 21 personnes innocentes exécutées par la police militaire pour venger quatre des leurs. Les pionniers d’Afro Reggae ne pouvaient imaginer mettre sur pied une organisation qui allait rapidement franchir les frontières du quartier. Anderson, alors adolescent et déjà proche de la petite criminalité, c’est joint au groupe, après que son frère eut été l’une des victimes de la fusillade. Ainsi commence sa « guerre pour la paix » avec comme armes les mots, les rythmes, la dance et la culture.

Comme je l’ai souvent mentionné, depuis Afro Reggae s’exporte partout au Brésil et ailleurs dans le monde avec son band et sa philosophie de changements social par l’art.

Les jeunes du Drop in ont beaucoup aimé. Ils étaient une dizaine à regarder attentivement et à poser des questions ou faire des commentaires : « Mais est-ce de vraies armes ? », « Ah ! Mais c’est incroyable ! ». Et ils ont été émus par la fin.

Un documentaire qui nous fait vivre une histoire et de vraies émotions.

 

Quand Afro Reggae et le Bad Taste Cru discutent ensemble

Je reviens un peu en arrière, soit au moment de mon voyage de recherche à Newcastle en Angleterre, pour le projet « Quand le Sud monte au Nord ».

***

La veille de la fin des ateliers et du départ de Juniho le percussionniste et de Beto le chorégraphe d’Afro Reggae, Paul Heritage du People’s Project Palace organise une discussion d’échange et d’organisation entre eux et quelques « Breakdancers » du Bad Taste Cru en prévision de la prochaine visite des Brésiliens en octobre 2009.

Ils interviennent à tour de rôle et Paul traduit dans les deux langues. Juniho : « Quand je vois des gens comme vous [les membres du Bad Taste Cru] je me dis que la solution n’est pas Afro Reggae et nos ateliers. Non, la solution c’est vous. En fait, nous apprenons nous aussi, peut-être autant que vous. C’est ça qui est super dans ces échanges. Nous partageons une même vision et une même approche de l’art. Que nous soyons blanc, noirs, jaunes même rouges, nous sommes tous humains. »

À cela l’un des jeunes répond : « Il est vrai que nous partageons la même passion. C’est ce que nous avons découvert cette semaine avec vous. Malgré les différences apparentes, nous sommes tous semblables. »

Ils conviennent ensemble que la prochaine session d’ateliers qui aura lieu en octobre prochain devra porter d’avantage sur la création collective que sur une série d’ateliers animée par les membre d’Afro Reggae.

Donc Afro Reggae, ses percussionnistes et son chorégraphe travailleront en collaboration avec le Bad Taste Cru et ses « streetdancers », quatre heures par jour, à la création d’une performance.

Et si « Quand le Sud monte au Nord » prenait prétexte de cette création Sud-Nord et de ces rencontres et échanges entre les deux groupes pour donner à voir le pouvoir de la création ?

Spectacle de fin d’atelier au Dance City

Dance city
Dance city
Spectacle de fin d'atelier au Dance City
Spectacle de fin d’atelier au Dance City, Newcastle, 9 avril 2009
Rokas et sa partenaire au Dance City, Newcastle, avril 2009
Rokas et sa partenaire au Dance City, Newcastle, 9 avril 2009

Pour poursuivre dans la série photos de scènes.

Je n’avais pas encore montré les photographies du spectacle qui résultait du workshop de danse et de percussion animé par Beto et Juniho d’Afro Reggae au Dance City de Newcastle.

Nous sommes donc jeudi après-midi, après seulement trois jours et demi d’ateliers. Les jeunes sont fébriles. Après une répétition générale le matin (voir plus tôt sur mon blogue), les voilà enfin prêts pour se lancer dans l’arène.

Et quel spectacle! Aux carences du manque d’expérience de certains, Beto a su improviser une chorégraphie où les mouvements et les rythmes afro-brésiliens ont été incorporés dans une performance bien contemporaine. Mais plus que tout, un sentiment d’appartenance et d’accomplissement se lisait sur tous les visages.

C’est Rokas du Bad Taste Cru qui ouvre le bal – voir les images de l’entrée précédente – et qui le clôt, avec la présentation d’une performance qu’il a chorégraphiée avec sa partenaire en vue d’une compétition le lendemain à Londres.

Les spectateurs sont impressionnés par un tel résultat. Bien entendu, la directrice du Dance City, Paul Heritage du People’s Project Palace et Beto et Juniho d’Afro Reggae sont très heureux.

Pour leur part, les membres du Bad Taste Cru dont Rokas, ont bien hâte de retrouver Afro Reggae. Parce qu’à l’automne prochain, ce sont huit Brésiliens qui sont attendus à Newcastle pour y donner des ateliers, mais aussi et surtout, pour participer à une session intensive de création avec cette troupe de breakdancer.

En partie, le sujet de mon film « Quand le Sud monte au Nord ».

Rokas, Afro Reggae et la transmission par l’art

Rokas au Dance City, Newcastle, le 9 avril 2009
Rokas au Dance City, Newcastle, le 9 avril 2009
Rokas au Dance City, Newcastle, le 9 avril 2009
Rokas du Bad Taste Cru au Dance City, Newcastle, le 9 avril 2009

Je reviens sur Rokas, le danseur de Break Dance du Bad Taste Cru, rencontré à Newcastle dans le cadre de ma recherche pour le projet documentaire « Quand le Sud monte au Nord ».

Dans un premier temps, il parle de valeurs communes plutôt que de compétence pour expliquer la formation et les liens qui unissent les membres de son groupe. Il mentionne aussi de sa passion pour danse.

Dans la même entrevue il poursuit sur la nécessité de partager ses expériences et son savoir avec les jeunes de sa communauté. Nous reprenons donc la discussion à l’endroit où nous l’avons laissé :

« J’aime la musique, j’aime danser et pour ces gars-là d’Afro Reggae c’est la même chose. C’est ce qui nous unies. Nous utilisons les mêmes outils pour communiquer et pour enseigner aux autres.

« C’est exactement ce que fait Afro Reggae. Mais eux le font sur une plus grande échelle que nous et leurs objectifs sont certainement plus importants. C’est à cause de l’endroit d’où ils viennent, de ces quartiers difficiles. Nous sommes dans deux mondes différents, mais d’une certaine façon, nous nous rejoignons.

« Pour moi, bien entendu, l’enseignement est une part importante de mon revenu, parce que comme artiste, parfois tu réussis bien, parfois moins. C’est une question d’argent.

« Mais sur une base quotidienne, il est important de toujours faire ce que tu aimes. C’est ce qui est le plus important. Comme pour l’enseignement, c’est quelque chose qui te permet de ne pas a avoir un job comme euh!… Ça, c’est une chose. Même sans cela, j’enseignerais qu’en même, mais peut-être pas de façon si régulière. Parce que quand tu vois un jeune garçon qui essaie de faire un mouvement difficile, comment ne pas aller l’aider et lui montrer si tu sais le faire? C’est naturel. C’est quelque chose qui… qui… Comme je disais, cela va avec les valeurs de cette culture. Tu échanges, tu rencontres des gens, tu partages tes expériences et tes connaissances. »

Et au sujet des ateliers avec Afro Reggae, il poursuit :

« En terme de danse, j’ai appris de nouveaux mouvements et de nouveaux styles. Mais le plus important est que ces ateliers m’ont fait voir la danse d’une nouvelle façon. Cette semaine a vraiment été super. Je crois que je vais incorporer des choses que j’ai apprises dans mon propre style. »

Nous terminons l’entrevue par cette courte présentation :

« Mon nom est Rokas, je suis de Vilnius en Lituanie. Je danse depuis neuf ans et j’ai 23 ans… euh! c’est pas mal ça ! »

Sola et le Drop in

La tulipe
Le La tulipe, Montréal, 1er mai 2009
LA tulipe
Jamel, au La tulipe, Montréal, 1er mai 2009
Sola et Las Lolas, au La tulipe, Montréal, 1er mai 2009
Sola et Las Lolas, au La tulipe, Montréal, 1er mai 2009

Jeudi 30 avril

Ma première discussion avec Sola remonte à près de deux semaines. C’est par téléphone que je lui expose mon projet de film avec Afro Reggae et le Bad Taste Cru et mon intention d’y inclure un chapitre montréalais. Je suis à la recherche d’une artiste engagée auprès de sa communauté comme je la crois être.

Immédiatement, elle m’explique son travail : « Je suis animatrice au Drop In de Saint-Michel auprès de jeunes adultes de 18 à 30 ans. Pourquoi des ateliers pour jeunes adultes ? Parce que pour cette tranche d’âge, il n’y a pas beaucoup d’activités dans le quartier, si ce n’est le sport.

« Il faut aussi créer un espace pour ces jeunes-là. Certains d’entre eux sortent de centres d’accueil à l’âge de 18 ans et ne savent pas trop où aller. Quelques uns sortent de prison… D’autres ne savent juste pas où se retrouver pour « chiller ».

« C’est un lieu pour créer et pour s’exprimer. Un endroit pour se rencontrer aussi. Ils sont plus d’une dizaine de jeunes à venir régulièrement. Cela est sans compter le studio d’enregistrement auquel ils ont accès. »

La discussion est parsemée d’expressions que je peine à comprendre ; je devrai m’y faire, la culture hip hop a son propre langage.

En terminant, elle m’invite au spectacle du lendemain avec son groupe Las Lolas, composé exclusivement de filles

Au La tulipe, Vendredi soir, 1er mai

Il n’est pas difficile de trouver Sola. La salle est encore vide et ils sont une dizaine autour d’elle. Carnet de notes à la main et cellulaire à l’oreille, elle raccroche : « Il vient d’arriver. Il cherche un parking. » Je la sens nerveuse. Je vais me présenter.

Dans moins de trente minutes le spectacle d’avant-première doit commencer. Ce sont les jeunes du Drop In qui ouvriront son propre show à elle, mais ils ne sont pas tous là encore. Ils se font attendre. Elle ne cesse de faire des appels.

C’est avec désinvolture, que le DJ arrive, salue tout le monde et monte directement sur la scène avec sa « caisse de lait » remplie de vinyles. Les écouteurs sur les oreilles, il se fait des mixes et s’amuse avec les platines.

Le spectacle d’une quarantaine de minutes commence avec quelques instants de retard. Jamel, le maître de cérémonie aussi intervenant au Drop In, annonce et présente les différentes formations qui se succèdent sur la scène, certains avec un peu plus d’aplomb que d’autres. En français, en anglais, en espagnol et certainement en créole, peu importe.

On réinstalle la scène pour Sola et sa formation. Avec sa guitare acoustique et son tabouret de bar, nous sommes loin de ce que j’imaginais comme show à tendance hip hop. Elle a une belle prestance sur scène. En cours de route, elle invite quelques collaborateurs qu’elle reconnaît dans la salle à venir à tour de rôle la rejoindre sur la scène le temps d’une pièce.

Aux pieds de la scène, les jeunes du Drop In semblent contents d’être là, d’avoir pu performer sur une vraie scène et d’assister à la prestation de Sola.

Tout au long de ces deux spectacles, c’est un peu l’esprit de Saint-Michel qui s’exprime. Fiers, les jeunes tout comme Sola, revendiquent leur appartenance à ce quartier plus au nord et à leur culture.