Archive

Articles taggués ‘Alternatives’

Jean Ziegler et les enjeux de la reconstruction en Haïti

18 février 2010
Port-au-Prince, Haïti, 19 janvier 2010

Au passage, je viens de lire cet article tiré de l’Humanité, que le journal en ligne Alternatives a repris le 14 février dernier. Je me permets d’en citer quelques passages pour mettre en lumière les dangers d’une reconstruction qui ne serait pas dans l’intérêt de la population affectée.

L’article se présente sous forme d’entretien entre Ramine Abadie et « Jean Ziegler, ancien rapporteur spécial de l’ONU pour le droit à l’alimentation et auteur de « La haine 
de l’Occident » […]. »

« L’intervention massive des États-Unis en Haïti a-t-elle une signification simplement humanitaire ou plutôt politique et géostratégique  ?

« Jean Ziegler. L’aide humanitaire massive des États-Unis est évidemment la bienvenue dans une situation aussi apocalyptique. Mais, en même temps, les impératifs géostratégiques américains jouent leur rôle […].

« La situation désastreuse en Haïti a lancé le débat sur une « mise sous tutelle » internationale de certains États. Que pensez-vous d’une telle approche  ?

Jean Ziegler. Les mêmes États-Unis ont fortement poussé le FMI à imposer à Haïti les trois derniers plans d’ajustement structurel qui se sont révélés meurtriers pour le peuple haïtien. Ces programmes successifs ont réduit les droits de douane d’Haïti de 50 % à 3 %, en privant l’État d’une des rares ressources à sa disposition. Au début des années 1980, le pays était autosuffisant en riz. Aujourd’hui, il importe 75 % de ses besoins. Le riz subventionné en provenance de l’étranger a inondé le pays, ruinant des dizaines de milliers de familles paysannes, les chassant de leurs terres vers les bidonvilles. En un peu plus de deux générations, Port-au-Prince, par exemple, est passé de 50 000 à plus de 2 millions d’habitants. Mais en 2007, brusquement, les prix ont flambé  : 65 % d’augmentation pour le riz, 83 % pour la farine. Ce sont les spéculateurs des Bourses de matières premières agricoles qui fixent les prix. Les Haïtiens paient ou meurent. […] [C’est moi qui souligne.]

« Après une première rencontre à Montréal, les pays donateurs se retrouveront à l’ONU en mars. Comment faire pour réellement améliorer le sort du peuple haïtien  ?

« Jean Ziegler. Concrètement, il faudrait abolir l’accord de partenariat économique (APE) imposé en 2008 par l’Union européenne à Haïti, qui instaure la libéralisation totale des mouvements de capitaux, de marchandises, de services et des brevets en privant Haïti de ses recettes douanières. Il faudrait aussi annuler la dette extérieure d’Haïti. La majorité des 9 millions d’Haïtiens survivent de l’agriculture sur une terre de 28 000 km2, aride, frappée de surexploitation, de déforestation et d’érosion. C’est dans ce secteur que les investissements prioritaires devraient être faits. […] Reste que sans une formidable mobilisation de l’opinion publique et de la société civile internationale, ce seront encore les intérêts immédiats du capital financier globalisé qui détermineront la stratégie de reconstruction d’Haïti. » [C’est moi qui souligne.]

Carnet de notes , , , , ,

Haïti: souveraineté, démilitarisation et reconstruction nationale

27 janvier 2010
Centre-ville de Port-au-Prince, 18 janvier 2010

Alternatives vient de mettre sur son site web un mémoire proposé dans le cadre de la rencontre des « amis d’Haïti » tenue à Montréal lundi dernier, le 25 janvier 2010.

«Haïti: souveraineté, démilitarisation et reconstruction nationale», dont voici un court extrait:

«Dans ce contexte, Alternatives souhaite à la fois mettre l’accent sur ce que nous considérons comme étant les priorités d’un éventuel plan de reconstruction dans une perspective de développement social, économique et démocratique d’Haïti et à la fois exprimer toute notre inquiétude quant à la militarisation actuelle de l’aide internationale.

«Il faut refuser de reproduire les mêmes erreurs historiques qui ont appauvri et fragilisé Haïti. S’il existe une « opportunité » dans un tel désastre, c’est celle de réellement mettre en place des structures et des cadres économique, commercial et politique qui permettront à Haïti et aux Haïtiens d’aspirer à un meilleur avenir .

«Le plan de reconstruction nationale d’Haïti doit se baser sur les principes suivants :

  • La gestion de la reconstruction doit être résolument haïtienne, faite et menée par les Haïtiens et pour les Haïtiens;
  • La souveraineté alimentaire doit être au cœur de la stratégie de reconstruction du pays;
  • Toutes les dettes internationales d’Haïti doivent être annulées. La reconstruction du pays ne
  • peut mener à une nouvelle forme d’endettement du pays;
  • L’aide internationale ne doit plus être conditionnée aux intérêts des pays donateurs;
  • La population haïtienne et la diaspora doivent être au cœur de la reconstruction comme de la relance économique;

«Une fois encore, nous sommes inquiets de la réponse militaire, unilatérale américaine, qui fut apportée au désastre. Si la question de sécurité est importante, rien ne justifie une telle présence étrangère alors que la force de l’ONU – la MINUSTAH – est déjà sur place. La reconstruction peut, et doit être organisée par des forces civiles, internationales mais SURTOUT locales.

[...]»

Le reste du document se développe autour de sept points importants:

1. Interventions étrangères : tirer les leçons du passé ;

2. Reconstruire sur de nouvelles bases ;

3. Reconstruction, gouvernance et souveraineté nationale ;

4. Reconstruire… sans dette, souverainement ;

5. Relancer l’économie agro-alimentaire ;

6. Reconstruction, développement économique et formation professionnelle ;

7. Habitation et accès foncier.

Carnet de notes , , , , , , ,

Même minoritaire, Steven Harper impose son idéologie de droite partout

12 janvier 2010

Après la prorogation du Parlement fait le 30 décembre dernier, après sa prestation catastrophique sur la scène internationale à Copenhague et au sujet des prisonniers afghans, voici que Steven Harper va de l’avant en coupant les vives à certaines organisations progressistes telles Kairos et Alternatives à Montréal, sinon en imposant d’importants changements d’orientation.

Le dernier sur la liste qu’on nous rapporte est Droits et démocratie. C’est dans les pages du Devoir que nous apprenons la nouvelle dans l’article d’Alec Castonguay « Droits et démocratie : Dirigeants et employés réclament la démission du président du conseil ».

Si le gouvernement n’a pas autorité directe sur l’organisme, c’est tout de même lui qui nomme dix des treize membres du conseil d’administration, qui lui décide des orientations. Aujourd’hui, après plusieurs années à la gouverne du pays, les dix nominations gouvernementales sont l’œuvre de Steven Harper. La patience de Harper lui aura servi.

Changement d’orientation imposé par le gouvernement Harper

Le journaliste du Devoir écrit : « La nouvelle majorité au conseil d’administration, près des volontés du gouvernement Harper, souhaite que Droits et Démocratie ne mène plus de programme au Proche-Orient. On souhaite également que l’organisme cesse d’entretenir des liens avec des groupes qui critiquent Israël. On voudrait aussi que l’organisme cesse de collaborer avec le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU, basé à Genève, et qui n’a pas la faveur du gouvernement Harper. Le bloc de sept membres souhaite également abandonner des programmes jugés importants, comme l’aide aux femmes victimes de violence sexuelle au Congo.

« À l’interne, des membres du CA auraient demandé l’origine ethnique de plusieurs employés et s’ils parlaient arabe. «Ils estiment que l’organisme est trop pro-arabe, ce qui est ridicule. On fait du développement démocratique là où la situation l’exige. Mais il y a du harcèlement constant depuis quelques mois», souligne une source à l’interne. » [C’est moi qui souligne.]

Le droit à l’accès à l’information aussi bafoué

De son côté, la journaliste Hélène Buzzetti titre son papier, en première page du même journal, « Mission afghane : Ottawa met 300 jours pour répondre aux demandes d’informations ».

« Le ministère affecte en effet si peu de fonctionnaires au traitement des demandes [de droit à l’information] que la loi est de facto non respectée de manière systématique.

« […] Le Devoir avait révélé l’été dernier que le ministère des Affaires étrangères ne renouvellerait pas le contrat d’une douzaine d’analystes. Il s’agit donc du fruit d’une décision, et non du hasard.

« La Loi sur l’accès à l’information est claire : les demandes déposées par les journalistes ou le public doivent obtenir une réponse en 30 jours ou moins. Il s’agit donc d’un délai dix fois plus long. »

Et avec sa prorogation du Parlement, le gouvernement Haper a ainsi mis la clef dans le comité parlementaire qui se questionne sur le traitement des prisonniers afghans faits par le Canada.

Si cela n’est pas bafouer nos droits démocratiques en générales et à l’information ainsi qu’à la divergence d’opinions en particulier, qu’est-ce que c’est ?

Carnet de notes , , , , , , ,

Yémen, automne 2005

9 janvier 2010
Sanaa, Yémen, automne 2004

À la fin de l’année 2005, je me suis rendu au Yémen pour le compte de l’organisation française DIA. Je devais y rester quatre à six semaines pour former des jeunes à la vidéo, de trois quartiers de Taez. Je suis revenu à Montréal qu’à la mi-décembre, trois mois plus tard, à temps pour la préparation du tournage de « Chroniques afghanes » qui devait commencer dès janvier 2006 à Kaboul.

Depuis, je n’avais que développé les films et tiré les planches contacts. Je prends donc le prétexte de l’actualité pour faire une sélection de photographies, pour ainsi vous faire part de mon travail là-bas et de vous parler de ce pays méconnu. D’ailleurs, certainement l’un des plus beaux que j’ai visité.

*

Je commence donc par citer un article traduit et publié par le journal en ligne « Le journal des alternatives » de l’organisation Alternatives dont la survie, ainsi que celles de d’autres organisations progressistes, est mise en cause par le gouvernement de Harper (ce qui est une autre histoire à suivre).

« Guerre anti-terroriste au Yémen? » de Ron Jacobs, du Counterpunch, 4 janvier 2010.

« Comme si les interventions US en Irak et en Afghanistan n’étaient pas suffisantes pour étancher la soif de sang de l’Empire, les appels en faveur d’une guerre ouverte contre le Yémen se multiplient. La raison invoquée pour cette intervention est que l’homme qui a apparemment voulu faire exploser un avion de ligne le jour de Noël 2009 a séjourné un temps dans ce pays et qu’il aurait pu y recevoir des instructions.

Tout comme l’occupation de plus en plus sanglante de l’Afghanistan, Washington veut faire croire au monde que le fait d’attaquer un pays qui héberge des organisations déterminées à résister à la domination US fera en quelque sorte disparaître ces organisations et rendra le monde plus sûr. Ce raisonnement plutôt simpliste ignore quelques faits évidents.

[…] »

À suivre.

Carnet de notes , , , , , , , , , , ,

Sous la cagoule, un voyage au bout de la torture

8 décembre 2009
Affiche de film "Sous la cagoule..."
Affiche de film « Sous la cagoule… »

À ne pas manquer : « Sous la cagoule, un voyage au bout de la torture » (bande annonce) de Patricio Henriquez, Prix Jutra 2009 du meilleur film documentaire, sera diffusé sur les ondes de Télé-Québec, le mercredi 9 décembre à 20 h. dans le cadre de l’émission DOCS PLUS (en rediffusion: jeudi 10 décembre 22 h 30 et samedi 12 décembre 21 h 50).

J’invite tous nos politiciens (en particulier notre premier ministre Steven Harper, son ministre des affaires étrangères et Michael Ignatieff très ambigu sur la question), nos hauts gradés militaires, de même que ceux et celles qui croient encore justifié le recours à la torture dans certaines circonstances, à regarder ce documentaire.

« Sous couvert de guerre contre le terrorisme, des victimes sont aujourd’hui torturées en toute impunité par des États démocratiques sûrs de leur bon droit. Revenant sur l’historique de la torture et le passé peu glorieux d’une Amérique souvent complice des tortionnaires, le documentaire Sous la cagoule, un voyage au bout de la torture donne un vrai visage à la souffrance et sonne l’alarme face à une nouvelle barbarie qui s’institutionnalise. »

D’ailleurs, est-ce un film comme celui-là qui pousse le gouvernement Harper à couper ou modifier le mode de financement du documentaire au Canada? Une autre façon de museler les voix divergentes?

Restons vigilants: le couperet dont est victime Alternatives à Montréal que  je mentionnais hier, répond aussi à une logique de bâillon dont notre gouvernement conservateur abuse.

*

C’est en tant que directeur de la photographie et caméraman que j’ai eu la chance de travailler sur cet important documentaire de Patricio Henriquez. Ces tournages nous ont menés à Kaboul et dans le Sud de l’Afghanistan, au Guatemala, au Canada et à Beyrouth, au Liban, où nous avons rencontré un ancien détenu d’Abou Ghraib en Irak.

*

Ajoutons notre nom sur les groupes Facebook «Sauvons le documentaire» et «Sauvons Alternatives» qui dénoncent les politiques rétrogrades du gouvernement Harper.

Carnet de notes , , , , , , , , , , , , ,

Alternatives menacé par le gouvernement Harper

7 décembre 2009
Cimetière de Keti Bendar (Thatta), Province du Sindh, Pakistan, 24 juin 2004.
Cimetière de Keti Bendar (Thatta), Province du Sindh, Pakistan,
24 juin 2004. *

C’est avec stupeur que j’ai appris ce weekend que l’organisation de solidarité international Alternatives, basée à Montréal, risque de fermer ces portes parce qu’une importante part de son financement en provenance de l’Agence canadienne de développement international – ACDI – ne sera pas renouvelée. Le bureau du Conseil privé (le ministère central) du Premier ministre Harper refuse sa signature.

Je cite l’article de Michel Lambert, le directeur d’Alternatives, qui écrivait hier dans Le journal des Alternatives, « Alternatives, victime de journalisme de propagande…? » :

« Dans les faits, Alternatives attendait depuis mars dernier (comme Kairos ! [une autre organisation progressiste visée par le gouvernement Harper]) un renouvellement de son programme de base valant 2.7 millions desquels 25% devait provenir de source de financement autonome. Ce programme allait permettre d’appuyer des groupes sociaux en Irak, en Haïti, en République démocratique du Congo, en Afghanistan et en Amérique Centrale. Les thématiques abordés sont la lutte au changements climatiques (Haïti), les droits des femmes et des minorités (Irak), l’accès à l’information (RDCongo), le développement rural (Afghanistan) et les droits des travailleurs et travailleuses (Amérique centrale – un projet qui devait se réaliser en coopération avec la Confédération des syndicats nationaux – CSN). »

De plus, Michel Lambert nous renvoie au colomnist John Ivison du très conservateur The National Post qui publiait dans ces pages ce weekend, « Funding for leftist group to be cut »:

“The cut to Alternatives’ budget comes just as the government has tabled a report from a panel of experts on the future of a new democratic promotion agency, which the Conservatives pledged to establish in the last Speech from the Throne.”

Cela devient très inquiétant quand c’est le gouvernement conservateur qui veut donner des leçons de démocratie, lui qui ne se gène pas pour bafouer les institutions canadiennes.  Je n’ose imaginer ce que cela sera si il devient un jour majoritaire…

Toujours sur le site d’Alternatives, Michel Lambert cite un ancien agent des renseignements canadien, Tom Quigging, qui écrit dans le The Global Brief, World Affairs in the 21st Century“CIDA Cuts KAIROS Funding: A Warning Call?”

“Is this a warning call to other organizations that receive CIDA funding? Are there other organizations which have been penetrated and then used for partisan goals?” [C’est moi qui souligne.]

Le gouvernement Harper lance-t-il le Canada dans une dangereuse « chasse aux sorcières » qui rappelle les pires années du Maccarthysme aux Etats-Unis ?

*

Voir aussi, dans Le Devoir, sous la plume de Marco Bélair-Cirino, « Le couperet tombe sur Alternatives ».

*

Plus encore, ajoutons notre nom sur le groupe Facebook « Sauvons Alternatives », le dernier né des « Sauvons… » tel « Sauvons le documentaire », pour n’en nommer qu’un, qui dénoncent aussi les politiques rétrogrades du gouvernement Harper.

*

* Cette photographie est extraite du documentaire Voyage dans le Delta de l’Indus, au Pakistan que j’ai réalisé avec Alternatives en 1994, soit l’un des nombreux projets auxquels j’ai participés avec eux, de près ou de loin, ici ou ailleurs. À suivre.

Carnet de notes , , , , , , , , , , , , ,