Archives du mot-clef Angleterre

« Émeutes en Angleterre – Le désespoir »

Dance City, Newcastle, 6 avril 2009

 

Suivant l’actualité des derniers jours, je ne peux m’empêcher de reprendre mon blogue avec cette photographie du Dance City à Newcastle en Angleterre, alors que je travaillais sur la recherche d’un projet de documentaire Quand le Sud monte au Nord.

***

 

J’en profite aussi pour citer longuement l’excellent éditorial de Serge Truffaut dans Le Devoir. Pour ce commentateur, « Ces émeutes […] traduisent le ras-le-bol d’une classe qui n’a plus rien à perdre. Mieux ou pire, c’est selon, cette flambée de violence était prévisible. »

Il poursuit : «  […] si les jeunes Anglais ne revendiquent pas, c’est parce qu’ils sont plus désespérés que leurs homologues du continent. Ils se sentent «abandonnés» par l’État, «méprisés» par ce dernier qui méprisait déjà leurs parents. Oui, on a assisté à l’émergence de ce que les sociologues appellent une underclass, une sous-classe. De quoi s’agit-il? De familles dont les membres ne travaillent plus depuis deux générations, depuis vingt ans.

« […] le résultat est effarant. Il ne peut être qualifié autrement. […]

« Pendant que le gouvernement lessivait d’un côté, ils engraissaient de l’autre. Après 20 ans de politiques faites contre les classes moyennes et les foyers à revenu modeste, les riches ont encaissé, encaissé. De telle sorte qu’aujourd’hui la concentration des richesses est revenue au niveau enregistré dans les années… 30! On voudrait provoquer un sursaut de violence qu’on ne s’y prendrait pas autrement. S’il est vrai qu’il y a des pillards parmi ceux qui ont fait le coup de poing avec les policiers, il est tout aussi vrai qu’il y en a de l’autre côté. Mais ces derniers sont de qualité… supérieure! »

 

Et dire qu’il y a plein de commentateurs et de média qui feignent d’être surpris de cette réaction.

 

« T’as payé » de Léo Ferré

Londres
Quartier de Hackney, Londres, Angleterre, 2 avril 2009
Quartier de Hackney, Londres, Angleterre, 2 avril 2009

« […]

T’as voté

Si t’as voté c’est qu’t'avais l’choix

Alors alors démerde-toi »

T’as payé de Léo Ferré

*

De mémoire, c’est la première fois que je vais voter aux élections municipales et cela fais plus de vingt ans que j’habite Montréal. D’ailleurs, j’ai été longtemps sans voter. Parce que, entre autre, au moment des élections et du vote, j’avais cette chanson de Léo Ferré qui me revenait en tête…

Cette fois-ci, serait-ce un peu différent ? Je cite Gil Courtemanche dans sa chronique du Devoir des samedi et dimanche 31 octobre et 1er novembre, intitulé « Tourner la page » dont le dernier paragraphe n’est pas en ligne mais qui se lit comme suit :

« […]

« À moins que les Montréalais ne fassent le grand saut et décident de s’offrir un véritable changement et pas seulement un changement de bande de copains. En choisissant de voter pour Richard Bergeron et son parti, on ferait entrer à l’hôtel de ville un parti de militants, d’écologistes, de membres du mouvement social qui proposent une vision contemporaine et imaginative de Montréal. Ce serait vraiment tourner la page et choisir une vie démocratique plus vigoureuse qui, on ne le dira jamais trop, est le véritable remède contre la corruption. » (C’est moi qui souligne.)

Ne serait-il pas intéressant d’aller voir de ce côté ?

Quand Afro Reggae et le Bad Taste Cru discutent ensemble

Je reviens un peu en arrière, soit au moment de mon voyage de recherche à Newcastle en Angleterre, pour le projet « Quand le Sud monte au Nord ».

***

La veille de la fin des ateliers et du départ de Juniho le percussionniste et de Beto le chorégraphe d’Afro Reggae, Paul Heritage du People’s Project Palace organise une discussion d’échange et d’organisation entre eux et quelques « Breakdancers » du Bad Taste Cru en prévision de la prochaine visite des Brésiliens en octobre 2009.

Ils interviennent à tour de rôle et Paul traduit dans les deux langues. Juniho : « Quand je vois des gens comme vous [les membres du Bad Taste Cru] je me dis que la solution n’est pas Afro Reggae et nos ateliers. Non, la solution c’est vous. En fait, nous apprenons nous aussi, peut-être autant que vous. C’est ça qui est super dans ces échanges. Nous partageons une même vision et une même approche de l’art. Que nous soyons blanc, noirs, jaunes même rouges, nous sommes tous humains. »

À cela l’un des jeunes répond : « Il est vrai que nous partageons la même passion. C’est ce que nous avons découvert cette semaine avec vous. Malgré les différences apparentes, nous sommes tous semblables. »

Ils conviennent ensemble que la prochaine session d’ateliers qui aura lieu en octobre prochain devra porter d’avantage sur la création collective que sur une série d’ateliers animée par les membre d’Afro Reggae.

Donc Afro Reggae, ses percussionnistes et son chorégraphe travailleront en collaboration avec le Bad Taste Cru et ses « streetdancers », quatre heures par jour, à la création d’une performance.

Et si « Quand le Sud monte au Nord » prenait prétexte de cette création Sud-Nord et de ces rencontres et échanges entre les deux groupes pour donner à voir le pouvoir de la création ?

Spectacle de fin d’atelier au Dance City

Dance city
Dance city
Spectacle de fin d'atelier au Dance City
Spectacle de fin d’atelier au Dance City, Newcastle, 9 avril 2009
Rokas et sa partenaire au Dance City, Newcastle, avril 2009
Rokas et sa partenaire au Dance City, Newcastle, 9 avril 2009

Pour poursuivre dans la série photos de scènes.

Je n’avais pas encore montré les photographies du spectacle qui résultait du workshop de danse et de percussion animé par Beto et Juniho d’Afro Reggae au Dance City de Newcastle.

Nous sommes donc jeudi après-midi, après seulement trois jours et demi d’ateliers. Les jeunes sont fébriles. Après une répétition générale le matin (voir plus tôt sur mon blogue), les voilà enfin prêts pour se lancer dans l’arène.

Et quel spectacle! Aux carences du manque d’expérience de certains, Beto a su improviser une chorégraphie où les mouvements et les rythmes afro-brésiliens ont été incorporés dans une performance bien contemporaine. Mais plus que tout, un sentiment d’appartenance et d’accomplissement se lisait sur tous les visages.

C’est Rokas du Bad Taste Cru qui ouvre le bal – voir les images de l’entrée précédente – et qui le clôt, avec la présentation d’une performance qu’il a chorégraphiée avec sa partenaire en vue d’une compétition le lendemain à Londres.

Les spectateurs sont impressionnés par un tel résultat. Bien entendu, la directrice du Dance City, Paul Heritage du People’s Project Palace et Beto et Juniho d’Afro Reggae sont très heureux.

Pour leur part, les membres du Bad Taste Cru dont Rokas, ont bien hâte de retrouver Afro Reggae. Parce qu’à l’automne prochain, ce sont huit Brésiliens qui sont attendus à Newcastle pour y donner des ateliers, mais aussi et surtout, pour participer à une session intensive de création avec cette troupe de breakdancer.

En partie, le sujet de mon film « Quand le Sud monte au Nord ».

Rokas, Afro Reggae et la transmission par l’art

Rokas au Dance City, Newcastle, le 9 avril 2009
Rokas au Dance City, Newcastle, le 9 avril 2009
Rokas au Dance City, Newcastle, le 9 avril 2009
Rokas du Bad Taste Cru au Dance City, Newcastle, le 9 avril 2009

Je reviens sur Rokas, le danseur de Break Dance du Bad Taste Cru, rencontré à Newcastle dans le cadre de ma recherche pour le projet documentaire « Quand le Sud monte au Nord ».

Dans un premier temps, il parle de valeurs communes plutôt que de compétence pour expliquer la formation et les liens qui unissent les membres de son groupe. Il mentionne aussi de sa passion pour danse.

Dans la même entrevue il poursuit sur la nécessité de partager ses expériences et son savoir avec les jeunes de sa communauté. Nous reprenons donc la discussion à l’endroit où nous l’avons laissé :

« J’aime la musique, j’aime danser et pour ces gars-là d’Afro Reggae c’est la même chose. C’est ce qui nous unies. Nous utilisons les mêmes outils pour communiquer et pour enseigner aux autres.

« C’est exactement ce que fait Afro Reggae. Mais eux le font sur une plus grande échelle que nous et leurs objectifs sont certainement plus importants. C’est à cause de l’endroit d’où ils viennent, de ces quartiers difficiles. Nous sommes dans deux mondes différents, mais d’une certaine façon, nous nous rejoignons.

« Pour moi, bien entendu, l’enseignement est une part importante de mon revenu, parce que comme artiste, parfois tu réussis bien, parfois moins. C’est une question d’argent.

« Mais sur une base quotidienne, il est important de toujours faire ce que tu aimes. C’est ce qui est le plus important. Comme pour l’enseignement, c’est quelque chose qui te permet de ne pas a avoir un job comme euh!… Ça, c’est une chose. Même sans cela, j’enseignerais qu’en même, mais peut-être pas de façon si régulière. Parce que quand tu vois un jeune garçon qui essaie de faire un mouvement difficile, comment ne pas aller l’aider et lui montrer si tu sais le faire? C’est naturel. C’est quelque chose qui… qui… Comme je disais, cela va avec les valeurs de cette culture. Tu échanges, tu rencontres des gens, tu partages tes expériences et tes connaissances. »

Et au sujet des ateliers avec Afro Reggae, il poursuit :

« En terme de danse, j’ai appris de nouveaux mouvements et de nouveaux styles. Mais le plus important est que ces ateliers m’ont fait voir la danse d’une nouvelle façon. Cette semaine a vraiment été super. Je crois que je vais incorporer des choses que j’ai apprises dans mon propre style. »

Nous terminons l’entrevue par cette courte présentation :

« Mon nom est Rokas, je suis de Vilnius en Lituanie. Je danse depuis neuf ans et j’ai 23 ans… euh! c’est pas mal ça ! »