Objet : Rép : étudiante en photo

Objet : Rép : étudiante en photo
De : Dominic Morissette <info[AT]dominicmorissette.ca>
Date : 10 février 2011 14:23:02 HNE
À : Valérie <[…]@hotmail.com>

Bonjour Valérie,

Ça me touche toujours quand un ou une jeune photographe (ou cinéaste) s’adresse à moi parce que la photographie, et de surcroît le documentaire, sont aussi sa passion.

Il m’est toutefois bien difficile de donner des conseils. Mais une chose est claire pour moi, c’est qu’il est possible de se consacrer à ce genre : le documentaire, en particulier celui d’auteur, est là et le restera, quoiqu’il arrive.

Mais si l’on me demande comment fait-on pour en faire son gagne-pain, cela est une tout autre question. En guise d’exemple : si j’ai eu la chance de beaucoup voyager et d’en tirer une collection non négligeable de photographies, il ne faut pas oublier qu’une grande partie de ces projets n’ont pas été financés par un travail documentaire proprement dit.

Mes premiers projets, je les payais moi-même avec les économies d’un travail de photographie commerciale à Montréal – voir les quelques cinq ou six séjours au Salvador en Amérique Centrale entre les années 1990 et 1996. Plus récemment, en Afghanistan, c’est un salaire de formateur et ensuite, de réalisateur qui m’ont permis d’aussi faire de la photographie. Un travail parallèle et connexe qui m’a beaucoup servi dans ma compréhension de ce pays, dans ma rencontre de l’autre et à la recherche en vue de mon documentaire vidéo Chroniques afghanes. De ces différents voyages, j’en ai tout de même tiré un corpus d’images – Chroniques afghanes, l’expo –, qui a été exposé en parallèle à la sortie de mon film à Montréal de même qu’à l’Institue Goethe à Jakarta.

Pour ce qui est de la photographie documentaire proprement dite, ce sont des subventions – non des commandes de magazines, de journaux ou autres — qui m’ont permis vivre de ma passion. Sans conteste, le plus important est celui que j’ai fait avec ma collègue Catherine Pappas, sur la pêche côtière qui nous a menés, durant quelques années, des côtes canadiennes à celle de l’Asie du Sud – Inde, Sri Lanka et Pakistan – et pour terminer, le long du littoral chilien. C’est lors de ces mêmes années que nous avons aussi signé un premier film, Les derniers chasseurs du petit havre.

En plus de la persévérance – absolument indispensable pour mener à bien un documentaire et pour essayer d’en vivre un peu –, la passion et le désir de rencontrer l’autre sont trois composantes fondamentales de ce genre. Dans mon cas, la passion pour la rencontre de l’autre, que ce soit ici ou plus loin, a toujours précédé le choix d’un sujet. Ce dernier tend, généralement, à s’imposer. Comment en serait-il autrement quand l’on sait la somme de travail qu’un documentaire impose ; quand l’on sait que tout projet de ce genre doit être porté par une certaine passion et surtout une grande persévérance ?

Bref, je ne croyais pas me lancer dans une réponse aussi longue : les premières heures du matin et ma petite qui s’est rendormie, ont peut-être favorisé ces quelques paragraphes. J’espère ne m’être pas trop égaré ni éloigné des préoccupations que tu m’exposais dans ton courriel…

Au plaisir d’avoir la chance de poursuivre cette réflexion avec toi – ou d’autres – dont le documentaire est la passion.

Dominic

Le 2011-02-07 à 16:31, valérie a écrit :

Bonjour,

je m’appelle Valérie et je suis étudiante [en photographie] depuis maintenant un an.

J’ai rencontré Sylvie […] il y peu de temps et elle m’a parlé de votre travail. En effet, j’adorerais travailler dans le domaine du documentaire et vous semblez être un bon exemple. Voilà, je me demandais donc s’il serait possible d’échanger sur le sujet que ce soit à votre travail ou en dehors.

Je vous remercie

Valérie Fraser

Vous pouvez me contacter à cette adresse électronique […].

Le temps file…

Le temps file : un cliché, je sais. Mais il est tout de même vrai que le temps file… Heureusement que j’ai ma petite Corinne. Le 23, dans quelques jours, elle aura deux mois. Depuis, presque tous les jours je prends une marche avec elle. Beau temps mauvais temps.

Comme aujourd’hui. 16h15 : déjà, la lumière chaude d’automne est rasante. Le vent est un peu grand, dans l’espace ouvert du parc Jarry. Chaque fois que je tourne dans une autre direction, je vérifie que la petite est bien couverte dans son landau.

Avec mon lecteur mp3, je marche lentement. Je tente d’évacuer le stress.

Généralement, je commence mes journées par une promenade avec ma petite. Un beau moment. J’aime les matins. Mon premier café, un livre, le journal. À cela, s’ajoute maintenant Corinne qui est bien en forme avec ses sourires qui se font de plus en plus précis et mieux dirigés. Encore quelques jours de patience pour le papa que je suis. Une petite heure, où la maman en profite pour récupérer de la nuit.

*

Ces jours-ci je peine sur le montage du film que j’ai tourné en Haïti en juin dernier. Comme toujours il manque certaines choses ; mais là, c’est sur la narration que nous butons. Un exercice parfois difficile. D’ailleurs, je me souviens des efforts que cela avait nécessités pour Chroniques afghanes.

Nous arrêtons donc le travail en salle de montage proprement dit pour avancer le texte. Quelques jours de « pause » sont nécessaires et seront certainement bénéfiques. Quelques jours d’écriture.

*

De plus, dans moins de deux semaines, je partirai à Erbil, en Irak, pour y donner une session de formation. Un petit dix jours que je risque de trouver bien long, loin de ma petite, de ses sourires, de nos marches. De ma copine aussi.

*

J’ai hâte à demain, fin de journée, pour une autre promenade avec Corinne. Nous irons, comme tous les jours, dans le parc Jarry voir les canards.

Chronique de voyages en Afghanistan

Village de Shahidan (Bamiyan), 9 octobre 2004

Je profite des élections législatives d’hier en Afghanistan pour vous présenter à nouveau mes premières réalisations « afghanes » et quelques résultats d’ateliers, regroupés dans le dossier multimédia « Chroniques afghanes » sur le site de Parole citoyenne.

*

Je suis arrivé à Kaboul, la première fois, en décembre 2003 pour y donner de la formation en vidéo et en photographie pour l’ONG montréalaise Alternatives, auprès d’une organisation non gouvernementale afghane – Afghan Peace and Democraty Act — APDA. Ce voyage qui devait être de quatre semaines s’est prolongé à près de trois mois. D’ailleurs, il ne m’aura fallu qu’une courte pause à Montréal pour revenir à Kaboul pour un second séjour où j’ai travaillé avec une équipe afghane à la production de bandes vidéo, pour la télévision nationale, des 18 candidats aux premières élections présidentielles d’octobre 2004. Nous étions dans un autre contexte que celui qui se déroule actuellement.

De ces deux premiers séjours, l’idée de réaliser un documentaire qui allait devenir Chroniques afghanes, émergeait.

En février 2005, je suis donc retourné à Kaboul pour poursuivre mon engagement auprès des jeunes Afghans et commencer ma recherche en prévision d’un scénario de documentaire.

C’est un an plus tard, en janvier 2006, que le tournage d’une dizaine de semaines débutait. À ce moment, la sécurité n’était déjà plus ce qu’elle avait été lors de mes premiers voyages ; mais cela n’a rien à voir avec ce qu’elle deviendra au moment de mes voyages suivants.

Au mois d’août 2006, j’ai eu l’occasion de retourner dans ce pays comme directeur de la photographie pour le film de Patricio Henriquez, Sous la cagoule, voyage au bout de la torture. Ce court passage m’a aussi permis de terminer mon propre film Chroniques afghanes.

C’est à l’automne 2007 que je suis retourné une dernière fois en Afghanistan. C’est à titre de coréalisateur et directeur de la photographie que CBC et Radio-Canada m’ont envoyé pour une émission spéciale de deux heures – Afghanistan entre l’espoir et la peur.

Déjà, les choses allaient de mal en pis.

*

Afghanistan: la première élections présidentielle : une courte vidéo tournée à Bamiyan.

Chroniques afghanes, l’expo photos : une sélections de quelques photographies.