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Articles taggués ‘Dany Laferrière’

La canicule… ou « Mais que lit Stephen Harper ? »

3 septembre 2010
Corinne, 3 septembre 2010

La canicule qui sévit, est en train de nous rendre complètement amorphes. Les trois derniers jours, nous les avons passés chez mes parents, dans leur maison climatisée. Mais là nous sommes de retour en ville et avons « squatté » le sous-sol. Corinne et Marie-Pierre sont exténuées et dorment côte à côte, juste derrière mon bureau où j’écris ces lignes.

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Je connaissais le projet de l’auteur Yann Martel, d’envoyer un livre au Premier ministre Steven Harper, tous les quinze jours. De ces suggestions de lectures accompagnées d’une correspondance à sens unique, Martel a publié Mais que lit Steven Harper et anime aussi un site internet.

Si de ce projet il en résultait qu’une liste d’ouvrages à lire, une « bibliothèque idéale », cela serait déjà intéressant. Mais le résultat va bien au delà. Tout au long de la correspondance qui accompagne chaque envoi, l’auteur explique le pourquoi de son choix, mais mieux encore, il nous entretient sur le pourquoi de la littérature en particulier, des arts en général en prenant exemple du livre qu’il envoie. Une sorte de Lettres à un jeune poète de Rainer Maria Rilke en défense à la littérature et aux arts. Un domaine que Steven Harper, son gouvernement conservateur et bien d’autres trouvent inutile et contre-productif !

D’ailleurs avec la nouvelle saison d’automne qui commence à la radio de Radio-Canada, je vais m’ennuyer des chroniques estivales et hebdomadaires de Dany Laferrière à l’émission du matin où la littérature était souvent à l’honneur. Ses chroniques, tout comme ses livres, m’ont toujours donné envie de lire encore davantage.

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Voyages et littérature – Haïti

7 juillet 2010

Une suite, en quelque sorte, à « Voyages et littérature » publié le 16 février dernier.

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Me voilà de retour de Port-au-Prince. Un second séjour de tournage depuis le séisme du 12 janvier dernier. Lors de voyages de production comme ceux-là, il m’est bien entendu difficile de porter mon attention ailleurs que sur le projet. J’ai donc dû laisser de côté mon appareil photo qui me suit toujours, et mes livres de lecture pour ne pas perdre le fil.

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Depuis janvier, mais surtout depuis mai dernier, je tente de parfaire ma connaissance de la littérature haïtienne qui se limitait presque exclusivement à Dany Laferrière et Émile Ollivier dont j’ai retrouvé un des livres dans ma bibliothèque juste avant mon départ. Je me suis promis d’y revenir.

J’ai commencé mes devoirs avec  « Gouverneurs de la rosée » de Jacques Roumain. À Port-au-Prince même, j’ai mis la main sur une édition haïtienne de « Les comédiens » de Graham Green, dont l’intrigue se passe à l’Hôtel Oloffson durant les pires années du régime de Papa Doc et sa célèbre et sanguinaire milice des Tontons Macoute.

Au cours des derniers jours, je me suis lancé à la recherche de sites d’intérêts sur Haïti. Un premier « répertoire » trouvé : le blogue « Papalagui, littératures éparses et ultrapériphériques » de Christian Tortel sur site des blogs du Monde, qui nous réfère à plusieurs pages sur Haïti, dont ce blogue de Jean-Marie Théodat. Ce matin, je suis tombé sur ce texte, « Le deuil des autres« , publié au lendemain des défaites du Brésil et de l’Argentine à la Coupe du monde en Afrique du Sud. L’auteur termine son article avec ce paragraphe – c’est moi qui souligne :

« Je me dis que le football n’est qu’un prétexte à une confrontation nécessaire entre des groupes dont c’est l’ultime raison d’exister, en l’absence d’actions et de projets de société qui les mobilisent en vue du bien commun et de l’intérêt général. Cette belle jeunesse à l’énergie profuse fourmille d’idées et de chantiers, mais il manque une vraie partition, une feuille de route claire pour diriger cette débauche de talents et cette saine passion vers des buts plus élevés qu’un simple carré de filet sur une pelouse factice. Un peuple qui accorde autant d’importance à une manifestation sportive à laquelle elle n’a même pas été invitée, alors que les décombres de la capitale sont encore fumants sous ses tentes, ne peut pas être tout à fait idiot, ni tout à fait insensible à la douleur. Je préfère y voir le signe d’une résilience réelle, d’un fairplay souverain dans la défaite sportive comme dans le deuil et qui semble y préparer. Il s’agit d’un signal envers les élites pour dire que ce peuple aussi rêve de victoires et de trophées, qu’il est encore capable de se mobiliser et de s’enthousiasmer pour des objectifs élevés. Bref, qu’il n’est pas enseveli ni abasourdi par la chute des murs. Qu’il est encore debout. « Se bite l’bite, l’poko tonbe ». Il a beau trébucher, il n’a pas encore touché le sol. »

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Voyages et littérature

16 février 2010
Pétionville, Port-au-Prince, Haïti, 17 janvier 2010

Hier en fin de journée, c’est avec l’aide de Tweeter que je tente de comprendre et amadouer, que j’ai découvert la journaliste Chantal Guy, directrice du cahier Lectures de La Presse. Je ne l’avais jamais lu, ni sur son blogue, ni dans les pages de son journal. Je ne la connais donc pas, mais une amie – Patricia Bergeron – et la chroniqueuse Rima Elkouri du même journal m’y renvoient, par mes abonnements Tweeter…

Chantal Guy était à Port-au-Prince au moment du séisme et depuis, n’avait pas écrit sur son site. Elle l’a repris hier avec « Se soigner à la prose haïtienne » :

« Nous mourrons tous, – et elle appelle le bon Dieu. Mais c’est inutile, parce qu’il y a si tellement beaucoup de pauvres créatures qui hèlent le bon Dieu de tout leur courage que ça fait un grand bruit ennuyant et le bon Dieu l’entend et il crie: quel est, foutre, tout ce bruit? Et il se bouche les oreilles. C’est la vérité et l’homme est abandonné. »

« Ces mots de Delira Délivrance dans les Gouverneurs de la rosée de Jacques Roumain m’ont hanté pendant tout mon séjour en Haïti, d’où je reviens… Lentement. »

Et elle suggère que la meilleure façon de découvrir un pays est avec sa littérature. Idée avec laquelle je suis bien d’accord. J’ai mieux compris l’Afghanistan à la lecture de quelques romans, entre autres les magnifiques livres d’Atiq Rahimi. Pour l’Inde, la même chose avec Rohinton Mistry et son « Équilibre du monde » et plus récemment avec « Tigre blanc » d’Axelle Gupta . Sans oublier Salman Rushdie.

Et un heureux hasard, si je peux dire : je lisais « Pays sans chapeau » de Dany Laferrière au moment où l’on m’a offert de partir avec le CECI pour première une mission humanitaire de reconnaissance.

Je me permets de terminer mon entrée avec les mots de Chantal Guy que je cite dans son ensemble :

« La meilleure façon de se préparer à découvrir un pays, c’est bien de lire ses classiques. J’ai lu beaucoup de romans haïtiens avant de débarquer à Port-au-Prince, espérant capturer l’essence d’un pays plutôt que de demeurer dans les limites de mes paramètres nord-américains. Et dès mes premiers pas en sol haïtien, les mots de Dany Laferrière, Marie Vieux-Chauvet, Gary Victor, René Depestre ou Jacques Roumain m’accompagnaient. Je n’étais pas seule et sans repères. De toute façon, en matière de guide, je n’avais trouvé, dans une librairie spécialisée en voyage, qu’un seul et unique guide touristique sur Haïti, minuscule, Le petit futé, dont les dernières informations dataient de 2005!

Enfin, peu importe ce qui arrive, et même s’il arrive le pire – surtout s’il arrive le pire – il reste au moins cela, l’âme d’un peuple saisi dans sa littérature. Ce n’est sûrement pas pour rien que Dany m’a dit au lendemain du séisme: « Quand tout tombe, il reste la culture ». Et j’ai suivi René Depestre « au fond du puit magique où Jacmel un soir est tombée avec tous ses habitants… »

De retour d’Haïti, et du malheur qui l’accable présentement, je n’ai pas trouvé d’autre médicament que sa littérature. Parce que me complaire dans mon impuissance n’aurait été que de l’apitoiement, un sentiment stérile qui ne sert à personne, pas même à soi. Avant mon départ, je lisais pour entrer en Haïti; à mon retour, je lisais pour y retourner, tout en sachant que bon nombre des paysages vus la veille du 12 janvier 2010 n’existeront plus maintenant que dans la littérature, mais que l’âme contenue dans ces romans sera intacte. Ce qui rassure et effraie à la fois, quand on sait combien la littérature haïtienne a dénoncé, avant tout le monde, les vices et les tares de sa société. On croit à tort que la vérité sur Haïti n’arrive que de l’extérieur, par les journaux. Elle est depuis longtemps dans sa littérature.

Si vous avez raté notre petit dossier sur la littérature haïtienne il y a trois semaines, voici le lien (ainsi qu’une liste de dix incontournables proposés par Rodney Saint-Éloi, écrivain et directeur de la maison d’édition Mémoire d’encrier).

Quant à moi, je vais bien, et je reprends ce blogue à partir d’aujourd’hui! »

Dans les prochains jours et semaines, je poursuivrai la lecture des articles de Chantal Guy pour voir où ils me mèneront.

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Une semaine après le séisme

21 janvier 2010
Centre-ville de Port-au-Prince, 19 janvier 2010
Cathédrale de Port-au-Prince, 18 janvier 2010

Montréal – Mardi matin, dans certains quartiers de la ville, le trafic a repris. Le retour de l’essence sur le marché et les nombreux convois des casques bleus des Nations Unies dans le centre-ville ajoutés aux décombres qui encombrent partout, expliquent en partie la congestion sur certaines artères. Je crains que le chaos ne s’installe chaque jour davantage : avec tous ces étrangers qui arrivent chaque jours plus nombreux, les militaires, les convois armés…

Après cinq jours là-bas, deux mots me viennent : terrible et troublant.

Pour terminer, je me permets de citer de larges extraits d’un beau texte de Dany Laferrière, publié sur le site du Nouvel observateur à Paris.

« J’entends encore ce silence » par Dany Laferrière

« Le silence Je m’attendais à entendre des cris, des hurlements. Rien. Un silence assourdissant. On dit en Haïti que tant qu’on n’a pas hurlé, il n’y a pas de morts. Quelqu’un a crié que ce n’était pas prudent de rester sous les arbres. On s’est alors réfugiés sur le terrain de tennis de l’hôtel. En fait, c’était faux, car pas une fleur n’a bougé malgré les 43 secousses sismiques. J’entends encore ce silence.

[…]

« Le temps Je ne savais pas que soixante secondes pouvaient durer aussi longtemps. Et qu’une nuit pouvait n’avoir plus de fin. Plus de radio, les antennes étant cassées. Plus de télé. Plus d’internet. Plus de téléphone portable. Le temps n’est plus un objet qui sert à communiquer. On avait l’impression que le vrai temps s’était glissé dans les soixante secondes qu’ont duré les premières violentes secousses.

« La prière Subitement, un homme s’est mis debout et a voulu nous rappeler que ce tremblement de terre était la conséquence de notre conduite inqualifiable. Sa voix enflait dans la nuit. On l’a fait taire car il réveillait les enfants qui venaient juste de s’endormir. Une dame lui a demandé de prier dans son coeur. Il est parti après s’être défendu longuement. Son argument, c’est qu’on ne peut demander pardon à Dieu à voix basse. Des jeunes filles ont entamé un chant religieux si doux que certains adultes se sont endormis. Deux heures plus tard, on a entendu une clameur. Des centaines de personnes priaient et chantaient dans les rues. C’était pour eux la fin du monde que Jéhovah annonçait. Une petite fille, près de moi, a voulu savoir s’il y avait classe demain. Un vent d’enfance a soufflé sur nous tous.

[…]

« La révolution

Le palais national cassé. Le bureau des taxes et contributions détruit. Le palais de justice détruit. Les magasins par terre. Le système de communication détruit. La cathédrale détruite. Les prisonniers dehors. Pendant une nuit, ce fut la révolution. »

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Sanaa, Kiev et Port-au-Prince

15 janvier 2010
Zaporizhzhya, Ukraine, décembre 2004

Montréal – Hier jeudi, j’ai eu un trop-plein d’information. J’ai donc fermé la radio et plongé dans le livre « Pays sans chapeau » de Dany Laferrière. Il nous fait vivre Port-au-Prince tel qu’il l’a retrouvé après vingt années d’exils. Soit bien avant le terrible tremblement de terre qui vient de secouer la capitale. Une incursion par la littérature. Un moment magnifique.

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Ces jours-ci, je voulais revenir sur mon séjour au Yémen, mais l’actualité brulante d’Haïti a détourné l’attention. Je le ferai dans les prochaines semaines.

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Même chose, je voulais aussi mentionner le premier tour des élections présidentielles ukrainiennes qui se tiendra dimanche, un prétexte pour vous montrer quelques photos des dernières présidentielles que j’ai eu la chance de couvrir comme observateur international. J’y reviendrai aussi.

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Hier soir, au moment même où j’ouvrais à nouveau la radio pour suivre les informations, le CECI me demandait de me joindre à son équipe en tant que réalisateur et caméraman pour une mission d’aide humanitaire. Avec regrets, j’ai dû mettre les dernières pages du livre de côté. Je pars donc demain matin à l’aube et devrais être de retour au plus tard mercredi prochain.

Depuis que j’ai accepté cette mission, je me pose cette question : mais comment filme-t-on une telle catastrophe humaine ?

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