Promenade, pluie, bain… et même AbitibiBowater

Marie-Pierre et Corinne, 8 septembre 2010

Notre promenade matinale a bien failli être compromise par la pluie. Corinne et moi avons donc dû attendre un peu. Et avons bien failli l’écourter aussi à cause de la menace qui pesait. Alors, pour ne pas courir de risque, nous ne nous sommes pas éloignés de la maison. De petites rues en petites rues, je redécouvrais mon quartier ; la petite dormait, collée à moi.

Au retour, nous en avons profité pour la baigner un peu.

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Dans les pages économiques du Devoir de ce matin, on peut lire qu’AbitibiBowater « prévoit des centaines de millions de profits dès 2011 »et que les prochaines années seront encore mieux. Et que cela est bien entendu dû à la restructuration que ces dirigeants ont entreprise et pour laquelle ils auront d’importants bonus. Et au moment, les travailleurs de l’usine de Dolbeau auront terminé leur prestation d’assurance emploi.

Le 14 septembre qui vient, les actionnaires auront à se prononcer par vote sur le nouveau plan de restructuration de la compagnie. Je les invite donc à regarder l’essai photographie « La vie devant soi » que j’ai réalisé dans le cadre du projet PIB et surtout de lire le commentaire laissé par la fille du couple Dumais-Maltais.

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Hier, j’aurai pu intituler mon entrée « Promenade matinale… ou le rêve errant du révérend Smith » en clin d’œil à Abd Al Malik et l’une de ses chansons dont j’oublie le titre.

« Mon père, mon héros ! »… ou AbitibiBowater, encore une fois !

Je ne peux m’empêcher de passer sous silence la fermeture définitive de deux usines d’AbitibiBowater, celle de Dolbeau et celle de Gatineau. Fermetures que la compagnie a annoncées il y a de cela près de deux semaines, soit au moment de la naissance de ma petite.

Je cite Jean-Robert Sansfaçon, dont l’éditorial traite encore de la question : « AbitibiBowater : Les parasites », Le Devoir, lundi dernier, le 30 août :

« Ni les autorités, ni les travailleurs, ni les membres des comités de survie qui se creusent la tête pour sauver leurs usines n’avaient été prévenus de la décision livrée par simple communiqué de presse. Dans le cas de Dolbeau, l’usine de papier était le seul gagne-pain industriel d’importance de la région. À moins de trouver autre chose à produire que du papier concurrent, c’est la survie même de la région qui est en jeu.

« Ce manque de savoir-vivre typique de la direction d’AbitibiBowater est d’autant plus choquant que voilà une compagnie qui exploite nos forêts depuis cent ans en profitant de droits de coupe exclusifs et d’ententes plus que généreuses avec Hydro-Québec et le gouvernement provincial.

[…]

« Même si elle ne produit plus de papier dans la région du Lac Saint-Jean, AbitibiBowater y détient toujours plus de 80 % des droits de coupe exclusifs et refuse de laisser quelque concurrent que ce soit reprendre ses installations. Or, contrairement à Terre-Neuve, notre propre gouvernement du Québec ne fait rien pour protéger les siens.

« Combien de temps encore faudra-t-il endurer des élus qui se comportent en entremetteurs serviles de ces parasites sociaux que sont les AbitibiBowater de ce monde? » [C’est moi qui souligne.]

Je reviens aussi cette histoire d’AbitibiBowater pour rappeler à ses dirigeants et à nos politiciens que leurs décisions, ou non-décisions, ont un impact sur des hommes et des femmes qui perdent leur emploi, avec toutes les conséquences personnelles et familiales que cela peut avoir.

Mais fort heureusement que des gens comme Nelson Dumais et sa femme Manon Maltais rencontré dans l’essai photo « La vie devant soi » pour le projet PIB, sont plus forts, plus sincères et plus intègres qu’eux. Et que fort heureusement,  ils peuvent compter sur leur famille. En témoigne le commentaire laissé par leur fille sur le site du projet PIB : « Mon père, mon héros ! », par Joanie Maltais-Dumais, le 9 août 2010 : « Je t’aime mon père, soit fort ! »


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Le webdocumentaire à cela de merveilleux : parfois, la relation s’établit « directement » avec l’internaute et leurs commentaires. Dans ce cas-ci, cela a bien fonctionné.

Le mépris d’AbitibiBowater… et l’indignation des travailleurs.

Camion de pitoune, Dolbeau-Mistassini, août 2008

Je viens de retrouver un texte que je publiais sur mon propre blogue, en avril de l’an dernier sur la possible fermeture d’AbitibiBowater… Fermeture qui se confirmait, pour l’usine de Dolbeau, quelques semaines plus tard, en juin de la même année.

Bien entendu, à ce moment, je ne pouvais imaginer que je rencontrerais ce couple, dont Nelson, qui y a perdu son emploi. Une vie brisée. Cette rencontre fait l’objet de l’essai photographique «Devant le néant» du webdocumentaire PIB, l’indice humaine de la crise économique canadienne de l’ONF.

«Crise économique et mépris… Et l’indignation dans tout ça?», un long texte où je cite l’éditorialiste Jean-Robert Sansfaçon et le commentateur Gil Courtemanche du journal Le Devoir. Je le publie à nouveau ici.

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Avril 2009 – En ces jours où on ne parle que de crise économique, je me suis amusé à faire un collage de textes au sujet de la faillite très probable d’AbitibiBowater. Pour ce faire, j’ai choisi, dans Le Devoir de samedi dernier le commentaire de Gilles Courtemanche (GC) intitulé “Les victimes de la crise” ainsi que l’éditorial de Jean-Robert Sansfaçon (JRS), “AbitibiBowater – Incompétence et mépris”.

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« Avec 7500 employés et 9000 retraités, AbitibiBowater est l’un des plus importants employeurs au Québec. Endettée par-dessus la tête, la compagnie vient de se placer sous la protection des tribunaux pour tenter de restructurer ses activités et sa dette de quelque 8,7 milliards. […] » (JRS)

« Voilà d’ailleurs un cas typique d’industrie qui s’est longtemps appuyée sur la faiblesse du dollar canadien pour engranger des profits non mérités; une industrie qui a épuisé la ressource la plus facilement accessible et qui exige maintenant que les gouvernements paient pour le reboisement et la construction de chemins forestiers tout en lui cédant le bois et l’énergie pour des peanuts. En somme, un autre beau cas de compagnie dirigée par des patrons imprévoyants tout juste capables de se remplir les poches sans se soucier de l’avenir des régions qui les ont accueillis.

« Malgré ce constat dramatique, les gouvernements n’ont pas le choix, eux qui ont si longtemps été complices. […] » (JRS)

« Pendant ce temps, le gouvernement de Stephen Harper n’en a que pour l’exploitation pétrolière de l’Ouest et le sauvetage de l’industrie de l’auto en Ontario, les deux régions du pays sur lesquelles il compte le plus pour remporter les prochaines élections. […] » (JRS)

« Alors qu’on tente toujours désespérément d’éviter que GM et Chrysler se placent sous la protection des tribunaux, cette étape vient d’être franchie par AbitibiBowater sans que le gouvernement conservateur lève le petit doigt. Voilà ce qu’on appelle du mépris. » (JRS)

« Et la colère, bordel? Et l’indignation? Et le sentiment de profonde injustice? Ils [les travailleurs qui ont perdu leur emploi] sont où? Ils s’expriment comment? Ils ne s’expriment pas, car ils n’ont jamais été formulés, ni par les politiques, ni par les syndicats. Alors, comment demander aux travailleurs de mettre en forme et en action leur sentiment d’être des paumés de la terre? Des paumés riches, mais des paumés quand même.

« En France, à Mantes-la-Jolie, 200 ouvriers de FCI, quatrième producteur mondial de connecteurs, ont décidé d’occuper leur usine menacée de délocalisation à Singapour. C’était le 24 février. L’usine et la compagnie étaient rentables, mais le fonds d’investissement américain, ce genre de groupe anonyme de riches qui veulent devenir plus riches, souhaitait une plus grande rentabilité. L’usine de FCI a rouvert ses portes mardi dernier et une entente a été conclue qui garantit les emplois au moins jusqu’en 2011. […] » (GC)

« Posons-nous une question. Pourquoi avons-nous l’indignation automatique quand la «nation» est brimée, snobée, oubliée, et faisons-nous le mort quand nos ouvriers prennent le chemin du chômage, de la fin de leur vie active, que leur retraite n’est pas assurée? Posons une autre question. Pourquoi la capacité de mobilisation des centrales syndicales est-elle si faible? Et une question subsidiaire: pourquoi leurs propositions pour faire face à la crise sont-elles si minces et si vides? […] » (GC)

« Abitibi-Bowater va faire faillite. Ce n’est pas la faute de ses employés efficaces et productifs, qui ont fait moult concessions. L’entreprise est tuée par une dette énorme accumulée pour acquérir, pas pour produire. Et ce sont les travailleurs qui paieront de leur maison, certainement pas les dirigeants qui ont coulé le bateau. Il faudrait peut-être commencer à être en colère. Pourquoi ne pas occuper une usine, s’approprier le bois ou le papier? Cesser de laisser les voleurs voler. » (GC)