Mes samedis ne seront plus les mêmes. Je les commençais presque toujours de la même façon : un premier café avec Le Devoir et ses manchettes pour rapidement me rendre au texte de Gil en page 2 du cahier B.
Ces commentaires ne m’accompagneront plus et n’alimenteront plus mes premières discussions. Ils me manqueront. D’ailleurs, il était un commentateur que j’aimais citer dans mon blogue.
Nous venons donc de perdre l’un de nos trop rares intellectuels qui ne craignait pas la controverse. Pour le moins.
Je n’ai pas beaucoup connu Gil. Avant leur séparation, il était le conjoint d’une amie. Je l’aurai donc croisé à quelques reprises lors de souper et de fêtes. Je me souviens aussi que cela ne se terminait pas toujours de belle façon : Gil était intense et parfois difficile à vivre.
La dernière fois où j’ai rencontré Gil, je crois que c’était en 2007 au vernissage de mon exposition Chroniques afghanes. Il en avait profité pour m’offrir l’album photo No Man’s Land de Larry Towell. Il en avait fait la préface et me savait aimer ce photographe.
Je viens de retrouver un texte que je publiais sur mon propre blogue, en avril de l’an dernier sur la possible fermeture d’AbitibiBowater… Fermeture qui se confirmait, pour l’usine de Dolbeau, quelques semaines plus tard, en juin de la même année.
Avril 2009 – En ces jours où on ne parle que de crise économique, je me suis amusé à faire un collage de textes au sujet de la faillite très probable d’AbitibiBowater. Pour ce faire, j’ai choisi, dans Le Devoir de samedi dernier le commentaire de Gilles Courtemanche (GC) intitulé “Les victimes de la crise” ainsi que l’éditorial de Jean-Robert Sansfaçon (JRS), “AbitibiBowater – Incompétence et mépris”.
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« Avec 7500 employés et 9000 retraités, AbitibiBowater est l’un des plus importants employeurs au Québec. Endettée par-dessus la tête, la compagnie vient de se placer sous la protection des tribunaux pour tenter de restructurer ses activités et sa dette de quelque 8,7 milliards. […] » (JRS)
« Voilà d’ailleurs un cas typique d’industrie qui s’est longtemps appuyée sur la faiblesse du dollar canadien pour engranger des profits non mérités; une industrie qui a épuisé la ressource la plus facilement accessible et qui exige maintenant que les gouvernements paient pour le reboisement et la construction de chemins forestiers tout en lui cédant le bois et l’énergie pour des peanuts. En somme, un autre beau cas de compagnie dirigée par des patrons imprévoyants tout juste capables de se remplir les poches sans se soucier de l’avenir des régions qui les ont accueillis.
« Malgré ce constat dramatique, les gouvernements n’ont pas le choix, eux qui ont si longtemps été complices. […] » (JRS)
« Pendant ce temps, le gouvernement de Stephen Harper n’en a que pour l’exploitation pétrolière de l’Ouest et le sauvetage de l’industrie de l’auto en Ontario, les deux régions du pays sur lesquelles il compte le plus pour remporter les prochaines élections. […] » (JRS)
« Alors qu’on tente toujours désespérément d’éviter que GM et Chrysler se placent sous la protection des tribunaux, cette étape vient d’être franchie par AbitibiBowater sans que le gouvernement conservateur lève le petit doigt. Voilà ce qu’on appelle du mépris. » (JRS)
« Et la colère, bordel? Et l’indignation? Et le sentiment de profonde injustice? Ils [les travailleurs qui ont perdu leur emploi] sont où? Ils s’expriment comment? Ils ne s’expriment pas, car ils n’ont jamais été formulés, ni par les politiques, ni par les syndicats. Alors, comment demander aux travailleurs de mettre en forme et en action leur sentiment d’être des paumés de la terre? Des paumés riches, mais des paumés quand même.
« En France, à Mantes-la-Jolie, 200 ouvriers de FCI, quatrième producteur mondial de connecteurs, ont décidé d’occuper leur usine menacée de délocalisation à Singapour. C’était le 24 février. L’usine et la compagnie étaient rentables, mais le fonds d’investissement américain, ce genre de groupe anonyme de riches qui veulent devenir plus riches, souhaitait une plus grande rentabilité. L’usine de FCI a rouvert ses portes mardi dernier et une entente a été conclue qui garantit les emplois au moins jusqu’en 2011. […] » (GC)
« Posons-nous une question. Pourquoi avons-nous l’indignation automatique quand la «nation» est brimée, snobée, oubliée, et faisons-nous le mort quand nos ouvriers prennent le chemin du chômage, de la fin de leur vie active, que leur retraite n’est pas assurée? Posons une autre question. Pourquoi la capacité de mobilisation des centrales syndicales est-elle si faible? Et une question subsidiaire: pourquoi leurs propositions pour faire face à la crise sont-elles si minces et si vides? […] » (GC)
« Abitibi-Bowater va faire faillite. Ce n’est pas la faute de ses employés efficaces et productifs, qui ont fait moult concessions. L’entreprise est tuée par une dette énorme accumulée pour acquérir, pas pour produire. Et ce sont les travailleurs qui paieront de leur maison, certainement pas les dirigeants qui ont coulé le bateau. Il faudrait peut-être commencer à être en colère. Pourquoi ne pas occuper une usine, s’approprier le bois ou le papier? Cesser de laisser les voleurs voler. » (GC)
En ce premier jour de la conférence de Copenhague, le Canada a déjà réussi à se faire remarquer avec son prix de « Fossil du jour » décerné par le Réseau action climat (RAC) une coalition de plus de 400 organisations non gouvernementales. Récompense que se gouvernement se méritait aussi en 2007 et 2008.
D’ailleurs, ce ne sont pas que ces délégués de pays en voie de développement, ni les membres du Réseau action climat (RAC) qui accordent une si mauvaise note à notre gouvernement. Dans sa chronique « Catastrophes annoncées » de samedi dernier dans Le Devoir, Gil Courtemanche termine son papier par :
« Le Canada : C’est évidemment une autre catastrophe annoncés. Citation d’un grand hebdomadaire européen : « Un seul pays se refuse toujours à aborder le dossier climatique avec bonne volonté : Le Canada. » Nous sommes une catastrophe pour la planète, avec les Etats-Unis, la Chine et la Russie, et nous ne faisons même pas semblant de vouloir négocier. Et l’hebdomadaire poursuit : « Le bilan environnemental du Canada est pourtant désastreux : les émissions de gaz à effet de serre ont grimpé de 26% entre 1990 et 2007, ce qui fait du Canada le pays du G8 où ces émissions ont le plus augmenté. Mais on s’en fout, M. Harper, que les Maldives soient englouties, que 200 millions de personnes errent sur les routes qui ne mènent nul part. On s’en fout que les Africains meurent de faim pourvu que le rodéo de Calgary se poursuive et que les sables bitumineux continuent à nous enrichir en tuant un peu partout. Mais cela, personne ne le sait, dit le chef de cabinet. » »
Pour sa part, Josée Bilodeau éditorialiste au Devoir signait hier un commentaire intitulé «Conférence de Copenhague: Avoir confiance» où elle ne ménage pas la position du gouvernement. Elle y écrit que le ministre fédéral de l’environnement, M. Prentice « ne voit dans la protection de l’environnement qu’une menace à l’économie et à l’emploi, fidèle au clientélisme du gouvernement conservateur obsédé par les rentables sables bitumineux de l’Alberta. Après eux le déluge !
« On aura donc compris que le Canada gardera son rôle de cancre en chef à Copenhague tout en tentant de faire croire, comme le font tous les cancres, qu’il est à la hauteur des joueurs-clés […] »
Et cela, au nom du Canada !
*
Je termine en citant un éditorial commun, publié par cinquante-six journaux dans quarante-cinq pays, qui « ont pris l’initiative sans précédent de parler d’une seule voix en publiant un éditorial commun. Nous le faisons car l’humanité est confrontée à une urgence aiguë. Si le monde ne s’unit pas pour prendre des mesures décisives, le changement climatique ravagera notre planète, et, avec elle, notre prospérité et notre sécurité. […]
« Mais les hommes politiques réunis à Copenhague peuvent et doivent s’accorder sur les éléments essentiels d’un accord équitable et efficace et, surtout, sur un calendrier ferme permettant de transformer cet accord en traité. […]
« La transformation sera onéreuse, mais son coût sera largement inférieur à celui du récent sauvetage de la finance mondiale – et infiniment moindre que le prix que nous aurions à payer en cas d’inaction. […] »
Est-ce que notre premier ministre, Steven Harper nous fera porter l’odieux d’être de ceux et celles qui n’ont pas voulu voir, ni négocier ?
Quartier de Hackney, Londres, Angleterre, 2 avril 2009
« […]
T’as voté
Si t’as voté c’est qu’t'avais l’choix
Alors alors démerde-toi »
T’as payé de Léo Ferré
*
De mémoire, c’est la première fois que je vais voter aux élections municipales et cela fais plus de vingt ans que j’habite Montréal. D’ailleurs, j’ai été longtemps sans voter. Parce que, entre autre, au moment des élections et du vote, j’avais cette chanson de Léo Ferré qui me revenait en tête…
Cette fois-ci, serait-ce un peu différent ? Je cite Gil Courtemanche dans sa chronique du Devoir des samedi et dimanche 31 octobre et 1er novembre, intitulé « Tourner la page » dont le dernier paragraphe n’est pas en ligne mais qui se lit comme suit :
« […]
« À moins que les Montréalais ne fassent le grand saut et décident de s’offrir un véritable changement et pas seulement un changement de bande de copains. En choisissant de voter pour Richard Bergeron et son parti, on ferait entrer à l’hôtel de ville un parti de militants, d’écologistes, de membres du mouvement social qui proposent une vision contemporaine et imaginative de Montréal. Ce serait vraiment tourner la page et choisir une vie démocratique plus vigoureuse qui, on ne le dira jamais trop, est le véritable remède contre la corruption. » (C’est moi qui souligne.)
Ne serait-il pas intéressant d’aller voir de ce côté ?
Vu de ma chambre, quartier de Botafogo, Rio de Janeiro,
Brésil. Juin 2007
Est-ce moi qui étais trop occupé cette semaine pour bien suivre l’actualité quotidienne, ou est-ce parce que le sommet du G20 est passé discrètement ? Certainement un peu des deux.
Ou ai-je été distrait par notre premier ministre Harper qui a volé la vedette avec ses non-participations à deux importantes réunions internationales, alors qu’il était, dans un premier temps, dans la même ville à rencontrer un maire, fût-il de New York, pour ensuite se rendre dans un Tim Horton dans le Sud de l’Ontario. Deux bonnes raisons, à ses yeux, pour manquer une rencontre de chefs d’État sur les questions de l’environnement et le lendemain, l’ouverture de la session des Nations Unies où tous les plus grands dirigeants de se monde étaient présents. Cela en dit gros sur l’importance qu’accorde Steven Harper aux affaires étrangères.
Sur la scène internationale, le Canada est devenu l’ombre de lui-même… Quand sera-t-il la risée de tous ?
*
Je reviens sur la rencontre de Pittsburgh – où notre premier ministre était présent, cette fois-ci !
Tout de même étrange : il ne semble plus y avoir d’urgences alors que le taux de chômage des pays participants n’a jamais été aussi élevé. Il frôle les 10 % et l’ensemble des analystes s’entend pour dire qu’il n’est pas près de redescendre. Cela est sans compter que depuis le sommet de G20 à Londres, au printemps dernier, les banques se sont remises à faire des profits démesurés et à offrir des primes indécentes à ces dirigeants.
Dans sa chronique du samedi 26 septembre dans Le Devoirintitulée « Voilà Pittsburgh! », Gil Courtemanche résume la position des trois groupes de pays présents à ce sommet.
« Le premier […] est composé essentiellement des États-Unis, du Royaume-Uni et du Canada. Ces pays ne trouvent au capitalisme aucun défaut inhérent, […].
« Puis il y a l’Europe, essentiellement menée par la France et l’Allemagne, mais aussi poussée par une vague de contestation populaire qui n’existe pas ici. […] Leur approche est plus directive, plus étatique, mais devant l’opposition des Saxons dont nous sommes, ils acceptent bien souvent des compromis si ténus que même les spéculateurs les trouvent normaux.
« Et il y a ce troisième groupe dont on parle peu, pays qu’on dit émergents : la Chine, l’Inde, le Brésil. Curieusement, ils ont beaucoup mieux résisté que nous à la crise. […] De manières différentes, ces pays organisent leur économie. On ne laisse pas l’aventurisme et la soif du gain décider du sort de la société. Car c’est bien ce qui est survenu en Occident, l’aventurisme et la soif du gain. Non seulement ces pays ont-ils résisté à la crise, mais ils en sortent renforcés. […] »
Avec ce sommet, nous sommes bien loin des déclarations fracassantes de Sarkozy du début de l’année qui clamait la fin du capitalisme sauvage : « Le monde ne sera plus jamais pareil. » (Sic !)