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Articles taggués ‘Haïti’

Premières impressions

19 juin 2010
Centre-ville de Port-au-Prince, 19 janvier 2010

Port-au-Prince – Comme je l’imaginais le jour de mon départ, la torpeur des premières heures a laissé place à la nouvelle réalité. Ici le mot résilience prend tout son sens.

Port-au-Prince ne ressemble plus à ce que j’ai vu en janvier, au lendemain du séisme. Les gravats qui jonchaient les rues ont été pour la plupart retirés sinon poussés sur les côtés. Partout des monticules de ciment concassé et de poussière. Les trottoirs pullulent d’activités qui débordent sur les rues, ce qui aggrave le problème de circulation déjà criant. Des passants partout ; des écoliers et écolières, sac au dos, qui vont ou viennent de l’école, à toute heure de la journée. La ville grouille de petites besognes. Tous les espaces libres sont pris d’assaut par des tentes collées les unes sur les autres. Certainement une majorité de citadins vivent encore sous la tente: dans les camps ou dans leur jardin, pour les plus chanceux.

*

En tant que coréalisateur et caméraman, il m’est difficile de faire de la photographie. Je reviens donc sur les quelques images prise en janvier dernier, au lendemain du séisme. Je tenterai de me reprendre au cour des prochains jours.

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Cse Pa Fòt Mwen, un court résumé

18 juin 2010
Port-au-Prince, Haïti, 19 janvier 2010

Port-au-Prince Par Réal Barnabé : « Depuis la visite de la reporter de Radio-Canada Judith Jasmin à Port-au-Prince en 1959, les journalistes canadiens ont une longue histoire de fréquentation avec Haïti. Parmi eux, moi, Réal Barnabé, journaliste et fondateur du Réseau Liberté. Observateur privilégié du terrain, force m’a été d’admettre que rien ne changeait vraiment depuis 50 ans.

Puis, le 12 janvier dernier un tremblement de terre est venu bouleverser le paysage tant géographique que politique et humain. Prenant appui sur le documentaire de 1959, je remets en scène des lieux et des personnages dans un Port-au-Prince en reconstruction au sens propre et figuré. Loin du reportage d’information, cet aller-retour sur un demi-siècle de distance permet une analyse toute autant décalée que prospective d’un pays condamné à la reconstruction et qui sait… à la renaissance.

Un documentaire de blessures mais surtout de promesses. »

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Cse Pa Fòt Mwen

16 juin 2010
Grand-Rue, Port-au-Prince, 18 janvier 2010
Port-au-Prince, Haïti, janvier 2010

Montréal — Ce matin, je m’envole pour Port-au-Prince, cinq mois après le séisme. Cette fois-ci, c’est en tant que coréalisateur et caméraman d’une petite équipe que je retourne en Haïti pour le tournage de «Cse Pa Fòt Mwen» — titre de travail —, un documentaire de 52 minutes qui sera diffusé sur les ondes de Radio-Canada.

Que vais-je y retrouver ? L’état de crise sera certainement passé, du moins, la première torpeur observée au lendemain du séisme. Qu’en est-il de ce centre-ville, de cette Grand-Rue détruite ? De cette ville effondrée à plus de 80 % dans bien des quartiers ? De ces abris de fortune des premières heures, transformés en camps de réfugiés urbains, ouverts aux intempéries dont la saison ne fait que commencer ?

Cette fois-ci, c’est avec une équipe réduite que je séjournerai dans la capitale pour une quinzaine de jours. Au son, je serai accompagné par Sylvain Vary et à la coréalisation Réal Barnabé qui signe aussi l’idée originale. Réal a l’avantage de bien connaître ce pays pour y avoir voyagé et travaillé à plusieurs occasions depuis les années 70.

Je tenterai donc d’alimenter mon blogue avec quelques entrées au fil des rencontres et des tournages. Si le temps me le permet.

*

«Cse Pa Fòt Mwen»

Idée originale : Réal Barnabé ;

Scénario original : Jocelyn Barnabé et Réal Barnabé

Réalisation : Dominic Morissette et Réal Barnabé ;

Direction photo : Dominic Morissette

Son : Sylvain Vary

Direction de production : Isabelle Thiffault

Production : Yves Bisaillon et Jacques W. Lina

Une production d’Orbi XXI.

*

En janvier dernier, c’est avec le CECI que j’ai fait mes premiers pas à Port-au-Prince,  quelques jours au lendemain du terrible séisme.

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Jean Ziegler et les enjeux de la reconstruction en Haïti

18 février 2010
Port-au-Prince, Haïti, 19 janvier 2010

Au passage, je viens de lire cet article tiré de l’Humanité, que le journal en ligne Alternatives a repris le 14 février dernier. Je me permets d’en citer quelques passages pour mettre en lumière les dangers d’une reconstruction qui ne serait pas dans l’intérêt de la population affectée.

L’article se présente sous forme d’entretien entre Ramine Abadie et « Jean Ziegler, ancien rapporteur spécial de l’ONU pour le droit à l’alimentation et auteur de « La haine 
de l’Occident » […]. »

« L’intervention massive des États-Unis en Haïti a-t-elle une signification simplement humanitaire ou plutôt politique et géostratégique  ?

« Jean Ziegler. L’aide humanitaire massive des États-Unis est évidemment la bienvenue dans une situation aussi apocalyptique. Mais, en même temps, les impératifs géostratégiques américains jouent leur rôle […].

« La situation désastreuse en Haïti a lancé le débat sur une « mise sous tutelle » internationale de certains États. Que pensez-vous d’une telle approche  ?

Jean Ziegler. Les mêmes États-Unis ont fortement poussé le FMI à imposer à Haïti les trois derniers plans d’ajustement structurel qui se sont révélés meurtriers pour le peuple haïtien. Ces programmes successifs ont réduit les droits de douane d’Haïti de 50 % à 3 %, en privant l’État d’une des rares ressources à sa disposition. Au début des années 1980, le pays était autosuffisant en riz. Aujourd’hui, il importe 75 % de ses besoins. Le riz subventionné en provenance de l’étranger a inondé le pays, ruinant des dizaines de milliers de familles paysannes, les chassant de leurs terres vers les bidonvilles. En un peu plus de deux générations, Port-au-Prince, par exemple, est passé de 50 000 à plus de 2 millions d’habitants. Mais en 2007, brusquement, les prix ont flambé  : 65 % d’augmentation pour le riz, 83 % pour la farine. Ce sont les spéculateurs des Bourses de matières premières agricoles qui fixent les prix. Les Haïtiens paient ou meurent. […] [C’est moi qui souligne.]

« Après une première rencontre à Montréal, les pays donateurs se retrouveront à l’ONU en mars. Comment faire pour réellement améliorer le sort du peuple haïtien  ?

« Jean Ziegler. Concrètement, il faudrait abolir l’accord de partenariat économique (APE) imposé en 2008 par l’Union européenne à Haïti, qui instaure la libéralisation totale des mouvements de capitaux, de marchandises, de services et des brevets en privant Haïti de ses recettes douanières. Il faudrait aussi annuler la dette extérieure d’Haïti. La majorité des 9 millions d’Haïtiens survivent de l’agriculture sur une terre de 28 000 km2, aride, frappée de surexploitation, de déforestation et d’érosion. C’est dans ce secteur que les investissements prioritaires devraient être faits. […] Reste que sans une formidable mobilisation de l’opinion publique et de la société civile internationale, ce seront encore les intérêts immédiats du capital financier globalisé qui détermineront la stratégie de reconstruction d’Haïti. » [C’est moi qui souligne.]

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Voyages et littérature

16 février 2010
Pétionville, Port-au-Prince, Haïti, 17 janvier 2010

Hier en fin de journée, c’est avec l’aide de Tweeter que je tente de comprendre et amadouer, que j’ai découvert la journaliste Chantal Guy, directrice du cahier Lectures de La Presse. Je ne l’avais jamais lu, ni sur son blogue, ni dans les pages de son journal. Je ne la connais donc pas, mais une amie – Patricia Bergeron – et la chroniqueuse Rima Elkouri du même journal m’y renvoient, par mes abonnements Tweeter…

Chantal Guy était à Port-au-Prince au moment du séisme et depuis, n’avait pas écrit sur son site. Elle l’a repris hier avec « Se soigner à la prose haïtienne » :

« Nous mourrons tous, – et elle appelle le bon Dieu. Mais c’est inutile, parce qu’il y a si tellement beaucoup de pauvres créatures qui hèlent le bon Dieu de tout leur courage que ça fait un grand bruit ennuyant et le bon Dieu l’entend et il crie: quel est, foutre, tout ce bruit? Et il se bouche les oreilles. C’est la vérité et l’homme est abandonné. »

« Ces mots de Delira Délivrance dans les Gouverneurs de la rosée de Jacques Roumain m’ont hanté pendant tout mon séjour en Haïti, d’où je reviens… Lentement. »

Et elle suggère que la meilleure façon de découvrir un pays est avec sa littérature. Idée avec laquelle je suis bien d’accord. J’ai mieux compris l’Afghanistan à la lecture de quelques romans, entre autres les magnifiques livres d’Atiq Rahimi. Pour l’Inde, la même chose avec Rohinton Mistry et son « Équilibre du monde » et plus récemment avec « Tigre blanc » d’Axelle Gupta . Sans oublier Salman Rushdie.

Et un heureux hasard, si je peux dire : je lisais « Pays sans chapeau » de Dany Laferrière au moment où l’on m’a offert de partir avec le CECI pour première une mission humanitaire de reconnaissance.

Je me permets de terminer mon entrée avec les mots de Chantal Guy que je cite dans son ensemble :

« La meilleure façon de se préparer à découvrir un pays, c’est bien de lire ses classiques. J’ai lu beaucoup de romans haïtiens avant de débarquer à Port-au-Prince, espérant capturer l’essence d’un pays plutôt que de demeurer dans les limites de mes paramètres nord-américains. Et dès mes premiers pas en sol haïtien, les mots de Dany Laferrière, Marie Vieux-Chauvet, Gary Victor, René Depestre ou Jacques Roumain m’accompagnaient. Je n’étais pas seule et sans repères. De toute façon, en matière de guide, je n’avais trouvé, dans une librairie spécialisée en voyage, qu’un seul et unique guide touristique sur Haïti, minuscule, Le petit futé, dont les dernières informations dataient de 2005!

Enfin, peu importe ce qui arrive, et même s’il arrive le pire – surtout s’il arrive le pire – il reste au moins cela, l’âme d’un peuple saisi dans sa littérature. Ce n’est sûrement pas pour rien que Dany m’a dit au lendemain du séisme: « Quand tout tombe, il reste la culture ». Et j’ai suivi René Depestre « au fond du puit magique où Jacmel un soir est tombée avec tous ses habitants… »

De retour d’Haïti, et du malheur qui l’accable présentement, je n’ai pas trouvé d’autre médicament que sa littérature. Parce que me complaire dans mon impuissance n’aurait été que de l’apitoiement, un sentiment stérile qui ne sert à personne, pas même à soi. Avant mon départ, je lisais pour entrer en Haïti; à mon retour, je lisais pour y retourner, tout en sachant que bon nombre des paysages vus la veille du 12 janvier 2010 n’existeront plus maintenant que dans la littérature, mais que l’âme contenue dans ces romans sera intacte. Ce qui rassure et effraie à la fois, quand on sait combien la littérature haïtienne a dénoncé, avant tout le monde, les vices et les tares de sa société. On croit à tort que la vérité sur Haïti n’arrive que de l’extérieur, par les journaux. Elle est depuis longtemps dans sa littérature.

Si vous avez raté notre petit dossier sur la littérature haïtienne il y a trois semaines, voici le lien (ainsi qu’une liste de dix incontournables proposés par Rodney Saint-Éloi, écrivain et directeur de la maison d’édition Mémoire d’encrier).

Quant à moi, je vais bien, et je reprends ce blogue à partir d’aujourd’hui! »

Dans les prochains jours et semaines, je poursuivrai la lecture des articles de Chantal Guy pour voir où ils me mèneront.

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Le CECI en Haïti: présent dès la première heure

2 février 2010

Réalisation et caméra: Dominic Morrisette

Son: Jean-François Dumas

Montage: Marie-Pierre Labrie et Dominic Morissette

Production: Myriam Fehmiu, CECI

*

Les trois clips réalisés:

CECI urgence Haïti: Présent dès la première heure

CECI urgence Haïti: Au rythme de la solidarité

CECI urgence Haïti: Reconstruction durable

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Information [ou] spectacle ?

30 janvier 2010
Aéroport International Toussaint Louverture de Port-au-Prince,
Haïti, 20 janvier 2010

Avant même de savoir que j’allais me joindre en tant que réalisateur et caméraman, à une mission à Port-au-Prince avec le CECI, j’avais un trop-plein d’informations ou plutôt de non-informations et de redites (voir mon entrée « Sanaa, Kiev et Port-au-Prince »). Cela n’était qu’à peine 48 heures après le séisme. C’est vous dire aujourd’hui…

*

Toujours avant mon départ pour Haïti et dans le même article sur mon blogue, je me demandais comment photographier ou filmer une telle catastrophe humaine. Une question qui me hante souvent, ici comme ailleurs, à cause de la nature même de mon travail et de mon médium de prédilection : l’image ; photographique et ou vidéographique.

Pour tenter de répondre à cette question du « comment filme-t-on l’autre », dans un moment de crise ou pas, j’essaie de garder en tête comment je ferais si j’étais à Montréal, si je filmais des gens près de moi. Ou je me mets à la place de la personne : aimerais-je être filmé par des étrangers à un moment où je suis si vulnérable ? À l’instant où je viens de perdre mon enfant, ma femme, un proche ?

Parce que je ne comprends toujours pas pourquoi montre-on des corps ou des gens en crise, sans gène, alors qu’on ne le ferait pas chez nous si une telle tragédie humaine arrivait. Souvenons-nous, à part quelques corps qui tombaient des tours jumelles du World Trade Center, avons-nous vu des images de cadavres sous les décombres ? Alors pourquoi peut-on le faire avec les victimes à Port-au-Prince ? Et avec une telle insistance ?

Dans l’article « Le choc des ondes qui choquent » de Stéphane Baillargeon dans Le Devoir, il cite François-Marc Bernier du département de communication de l’Université d’Ottawa :

« […] Il [François-Marc Bernier] rappelle toutefois que les reporters doivent respecter de strictes et contraignantes balises morales. «Il n’y a pas d’éthique de crise, dit-il. Les mêmes règles s’appliquent toujours, partout. Les gens dans la rue à Port-au-Prince, blessés ou morts, ont droit à autant de dignité que les gens dans la rue à Montréal. Il n’y a donc aucune raison de les harceler, de les filmer contre leur gré, sur des civières par exemple. Les patrons des entreprises de presse accepteraient-ils d’être filmés ainsi par leurs employés?»

[...] »

Une réflexion très pertinente.

*

La veille de mon retour à Montréal, j’apprenais que la reporter et chef d’antenne de Radio-Canada Céline Galipeau venait d’arriver à Port-au-Prince et me demandais pourquoi devait-on faire un tel spectacle avec les informations. Et quelle ne fut pas ma surprise – lire déception — de voir sur les ondes de la télévision d’État de tels « reportages ». Je poursuis avec Stéphane Baillargeon dans Le Devoir :

« […] Une envoyée très spéciale de Radio-Canada a accompagné une Canadienne cherchant à s’introduire avec sa mère sur le terrain de l’ambassade. Les a-t-elle seulement aidées, même sans le vouloir ou le savoir ?

[…] »

« […] Les reportages de Céline Galipeau la montraient autant que les victimes ou les secouristes: l’animatrice-vedette au chevet d’une amputée par-ci, l’animatrice-vedette dans un bateau par-là.

[…]

N’empêche, la demande demeure pertinente: pourquoi montrer autant les reporters? «C’est une affaire de marketing: les entreprises médiatiques valorisent beaucoup leurs vedettes, commente alors le professeur Bernier. Il faut aussi comprendre que c’est plus économique d’avoir des journalistes en direct, à l’antenne. Un reportage coûte cher et prend du temps. Une conversation coûte peu et meuble le temps d’antenne. C’est pourquoi on utilise beaucoup ce moyen dans les réseaux d’information continue. C’est pourquoi on l’utilisera toujours plus partout.»

Nécessité fait loi… »

Triste réalité de l’information devenu spectacle.

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Haïti: souveraineté, démilitarisation et reconstruction nationale

27 janvier 2010
Centre-ville de Port-au-Prince, 18 janvier 2010

Alternatives vient de mettre sur son site web un mémoire proposé dans le cadre de la rencontre des « amis d’Haïti » tenue à Montréal lundi dernier, le 25 janvier 2010.

«Haïti: souveraineté, démilitarisation et reconstruction nationale», dont voici un court extrait:

«Dans ce contexte, Alternatives souhaite à la fois mettre l’accent sur ce que nous considérons comme étant les priorités d’un éventuel plan de reconstruction dans une perspective de développement social, économique et démocratique d’Haïti et à la fois exprimer toute notre inquiétude quant à la militarisation actuelle de l’aide internationale.

«Il faut refuser de reproduire les mêmes erreurs historiques qui ont appauvri et fragilisé Haïti. S’il existe une « opportunité » dans un tel désastre, c’est celle de réellement mettre en place des structures et des cadres économique, commercial et politique qui permettront à Haïti et aux Haïtiens d’aspirer à un meilleur avenir .

«Le plan de reconstruction nationale d’Haïti doit se baser sur les principes suivants :

  • La gestion de la reconstruction doit être résolument haïtienne, faite et menée par les Haïtiens et pour les Haïtiens;
  • La souveraineté alimentaire doit être au cœur de la stratégie de reconstruction du pays;
  • Toutes les dettes internationales d’Haïti doivent être annulées. La reconstruction du pays ne
  • peut mener à une nouvelle forme d’endettement du pays;
  • L’aide internationale ne doit plus être conditionnée aux intérêts des pays donateurs;
  • La population haïtienne et la diaspora doivent être au cœur de la reconstruction comme de la relance économique;

«Une fois encore, nous sommes inquiets de la réponse militaire, unilatérale américaine, qui fut apportée au désastre. Si la question de sécurité est importante, rien ne justifie une telle présence étrangère alors que la force de l’ONU – la MINUSTAH – est déjà sur place. La reconstruction peut, et doit être organisée par des forces civiles, internationales mais SURTOUT locales.

[...]»

Le reste du document se développe autour de sept points importants:

1. Interventions étrangères : tirer les leçons du passé ;

2. Reconstruire sur de nouvelles bases ;

3. Reconstruction, gouvernance et souveraineté nationale ;

4. Reconstruire… sans dette, souverainement ;

5. Relancer l’économie agro-alimentaire ;

6. Reconstruction, développement économique et formation professionnelle ;

7. Habitation et accès foncier.

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De retour de Port-au-Prince

24 janvier 2010
Port-au-Prince, Haïti, 19 janvier 2010

Nous sommes donc revenues mercredi, sur le vol humanitaire d’Air Transat arrivé avec 36 tonnes de matériel médical ainsi que d’une vingtaine de médecins et infirmiers, le tout, coordonné par le CECI.

Malheureusement, l’avion a fait le voyage du retour qu’avec une soixantaine de passagers. Malgré la quantité de demandes à traiter et des moyens réduits causés par le tremblement de terre, il est inexcusable que le gouvernement fédéral ne soit pas en mesure d’accélérer le processus bureaucratique pour les citoyens canadiens qui veulent revenir au pays et qui ont perdu leur passeport dans les décombres de leur maison.

*

Avant mon départ, je me posais la question : comment peut-on filmer ou photographier une telle tragédie humaine ? Je n’ai pas trouvé la réponse. Pour m’aider, j’avais dans mes bagages un livre de Susan Sontag Devant la douleur des autres que je n’ai pas eu l’occasion de feuilleter. J’avais les deux pieds dedans et peu de temps pour une pause réflexion. Je m’y attarderai dans les prochains jours.

Mais la question des médias, son comment, son pourquoi et surtout sa pertinence m’a tout de même rattrapé. Alors que nous étions encore à Port-au-Prince, mon collègue et ami le photographe Benoit Aquin m’a fait lire l’article « Haïti, le défi médiatique » du chroniqueur « médias » Paul Cauchon dans le Devoir dont voici quelques extraits :

« Haïti, le défi médiatique »

Paul Cauchon, 18 janvier 2010

« La catastrophe en Haïti pose de véritables défis médiatiques. Défi de la pertinence, du respect, défi aussi de bien mettre en contexte les informations sans sombrer dans le voyeurisme.

« C’est le genre de situation où les médias marchent sur la corde raide. D’autant plus qu’ils n’ont pas le choix de sortir de leur réserve, jouant aussi le rôle de courroie de transmission pour les demandes d’aide, les collectes de fonds, etc.

[…]

« Mais déjà vendredi, sur notre site Internet, des lecteurs lançaient un débat: y a-t-il trop de journalistes à Haïti? Nuisent-ils à l’organisation des secours?

Il est indéniable que l’on a absolument besoin des médias sur place pour témoigner de la situation, et les journalistes qui y sont envoyés doivent travailler dans des conditions difficiles, alors qu’ils baignent vraiment dans l’horreur, avec tous ces morts sur les trottoirs, et ces blessés «stationnés» dans des parcs sans aucun médicament.

Évidemment, quand on voit la vedette de CNN, Anderson Cooper, braquer son micro sur les cris d’une jeune adolescente qui était ensevelie sous les décombres pendant que des secouristes tentaient de la sortir de là sans aucun outil, on a vraiment le goût de lui dire «lâche ton micro et va donc les aider à soulever le morceau de béton!» (la jeune femme a finalement été sauvée).

Pourtant, on doit accepter le fait que les médias se ruent en troupeau dans les rues de Port-au-Prince, parce que de toute façon le silence médiatique serait pire. Et le nombre de médias sur place est une garantie que l’organisation de l’aide sera surveillée. Peut-être pas une garantie à 100 %… mais croyez-vous vraiment que ce serait mieux si tous les médias partaient?

La présence de Radio-Canada, pour ne prendre que cet exemple, nous a fait prendre conscience samedi que le séisme avait fait d’énormes ravages à l’extérieur de Port-au-Prince, ce que l’on ne savait pas encore. Car Radio-Canada semble avoir été un des premiers médias à se rendre dans d’autres villes que la capitale, pour constater un degré d’horreur aussi élevé.

Tout est dans la façon de montrer les choses. Cette fin de semaine, TVA a diffusé un reportage de Richard Latendresse qui n’a vraiment pas fait honneur à la profession. Le journaliste a poursuivi un camion qui venait de ramasser des corps, se mettant lui-même en scène sans vergogne comme si l’on était dans un film («on va le suivre, on ne sait pas où il s’en va»), répétant sans cesse d’un ton mélodramatique que l’on était en train de voir des cadavres, filmant sans aucun problème le déversement de corps dans une décharge (ça peut se raconter à l’écran sans être obligé de le montrer!), terminant son reportage avec cette phrase insultante: «C’est n’importe quoi.»

[…] »

J’abonde dans le sens du commentaire de Paul Cochon. Pour moi, la question n’est pas sur la quantité de médias, mais sur sa qualité. Le problème est qu’il y a trop d’information spectacle et de médias médiocres, pour être gentil. En fait, ici comme là-bas, il y a un manque criant de bon journalisme.

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Une semaine après le séisme

21 janvier 2010
Centre-ville de Port-au-Prince, 19 janvier 2010
Cathédrale de Port-au-Prince, 18 janvier 2010

Montréal – Mardi matin, dans certains quartiers de la ville, le trafic a repris. Le retour de l’essence sur le marché et les nombreux convois des casques bleus des Nations Unies dans le centre-ville ajoutés aux décombres qui encombrent partout, expliquent en partie la congestion sur certaines artères. Je crains que le chaos ne s’installe chaque jour davantage : avec tous ces étrangers qui arrivent chaque jours plus nombreux, les militaires, les convois armés…

Après cinq jours là-bas, deux mots me viennent : terrible et troublant.

Pour terminer, je me permets de citer de larges extraits d’un beau texte de Dany Laferrière, publié sur le site du Nouvel observateur à Paris.

« J’entends encore ce silence » par Dany Laferrière

« Le silence Je m’attendais à entendre des cris, des hurlements. Rien. Un silence assourdissant. On dit en Haïti que tant qu’on n’a pas hurlé, il n’y a pas de morts. Quelqu’un a crié que ce n’était pas prudent de rester sous les arbres. On s’est alors réfugiés sur le terrain de tennis de l’hôtel. En fait, c’était faux, car pas une fleur n’a bougé malgré les 43 secousses sismiques. J’entends encore ce silence.

[…]

« Le temps Je ne savais pas que soixante secondes pouvaient durer aussi longtemps. Et qu’une nuit pouvait n’avoir plus de fin. Plus de radio, les antennes étant cassées. Plus de télé. Plus d’internet. Plus de téléphone portable. Le temps n’est plus un objet qui sert à communiquer. On avait l’impression que le vrai temps s’était glissé dans les soixante secondes qu’ont duré les premières violentes secousses.

« La prière Subitement, un homme s’est mis debout et a voulu nous rappeler que ce tremblement de terre était la conséquence de notre conduite inqualifiable. Sa voix enflait dans la nuit. On l’a fait taire car il réveillait les enfants qui venaient juste de s’endormir. Une dame lui a demandé de prier dans son coeur. Il est parti après s’être défendu longuement. Son argument, c’est qu’on ne peut demander pardon à Dieu à voix basse. Des jeunes filles ont entamé un chant religieux si doux que certains adultes se sont endormis. Deux heures plus tard, on a entendu une clameur. Des centaines de personnes priaient et chantaient dans les rues. C’était pour eux la fin du monde que Jéhovah annonçait. Une petite fille, près de moi, a voulu savoir s’il y avait classe demain. Un vent d’enfance a soufflé sur nous tous.

[…]

« La révolution

Le palais national cassé. Le bureau des taxes et contributions détruit. Le palais de justice détruit. Les magasins par terre. Le système de communication détruit. La cathédrale détruite. Les prisonniers dehors. Pendant une nuit, ce fut la révolution. »

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