Lundi après-midi

16 août 2010

C’est de la table de la salle à manger que je travaille ces jours-ci. Je délaisse un peu mon bureau situé au sous-sol : le manque de lumière, mais surtout le désordre qui y règne, me le font fuir.

Je profite de cette « attente » pour préparer la venue de la petite, mais aussi pour avancer l’organisation des idées et la structure du documentaire « Cse Pa Fòt Mwen« . À la mi-septembre, nous commencerons le montage.

Aussi, je poursuis mes lectures « haïtiennes » avec Compère général soleil de Jacques Stephen Alexis. C’est le livre du moment qui me suit donc partout : à la salle d’attente du suivi de grossesse, devenu hebdomadaire ; lors d’un rendez-vous en cas de retard ; dans le métro ; au bar-café…

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Ce matin, nous nous sommes réveillés aux bruits du tonnerre et de la pluie battant les fenêtres de la maison.

Avec mon premier café, je lis dans Le Devoir, la chroniqueuse Manon Cornellier « Viser juste » et Jean-Claude Leclerc de la section Éthique et religions « L’exode tamoul – Les terroristes ne sont pas où l’on pense ». Tous deux critiques les positions du gouvernement Harper vise-à-vis des réfugiés Tamouls et terminent avec la même idée – je cite Leclerc : « Bref, au lieu d’ouvrir des prisons pour réfugiés, le cabinet fédéral devrait s’employer à ramener à la raison le gouvernement actuel du Sri Lanka. En laissant le désespoir gagner les vaincus, on ne ferait qu’ouvrir la porte à plus de terrorisme. Est-ce la conception de la paix et de la justice qui prévaut à Ottawa ? »

Du côté pakistanais, les pluies ne semblent pas vouloir cesser. Elles retardent le déploiement de l’aide et aggravent la situation sur le terrain. En fin de journée, j’entends à la radio que les inondations sont attendues d’ici quelques jours, dans le delta de l’Indus dans le Sud du pays.

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En après-midi, le soleil entre à pleine fenêtre dans l’appartement.

Depuis hier, je semble m’être lancé dans une série d’« Images du quotidien » que j’interromprai le jour où ma petite arrivera… Un petit défi pour m’amuser.

Voyage dans le delta de l’Indus, au Pakistan – un retour

Shat Bandar (Thatta), 26 juin 2004;
Lac Nareri (Badin), 27 juillet 2004;
Village de Mehmood Jatt (Thatta), 26 juillet 2004.

En 2005, j’ai réalisé un travail photographique documentaire dans la province du Sindh au Pakistan, cette même région, parmi d’autres, qui est actuellement durement frappée par des inondations dévastatrices.

La déforestation dans le delta faisait craindre le pire, mais c’est de la mer que la population locale attendait la catastrophe. Aujourd’hui, elle est venue du Nord, en amont du fleuve Indus qui se partage entre le Pakistan et l’Inde et qui a ses nombreuses sources au-delà, du côté de l’Afghanistan et du Tibet. Un immense territoire à forte densité de population qui aujourd’hui baigne dans l’eau. Et la pluie qui ne semble pas vouloir cesser.

Au moment d’écrire ces lignes, je lis sur le site de Radio-Canada que « Les Nations unies estiment que le nombre de Pakistanais touchés par les inondations qui frappent le pays est plus important que le total de personnes touchées par trois catastrophes naturelles de l’histoire récente, soit le tsunami de 2004 dans l’océan Indien, le tremblement de terre de 2005 au Cachemire et le séisme de janvier en Haïti.

« Selon le Bureau de coordination aux affaires humanitaires de l’ONU, pas moins de 13,8 millions de personnes sont touchées d’une manière ou d’une autre par les inondations, alors qu’il y en a eu 5 millions lors du tsunami, 3 millions lors du séisme au Cachemire et 3 millions lors de celui qui a dévasté Haïti. » (« Inondation au Pakistan – L’ONU souligne l’ampleur de la catastrophe » sur le site de Radio-Canada, 9 août 2010)

Bien entendu, ici, on parle de personnes touchées, et non des victimes qu’auront faites les trois catastrophes citées.

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Voici donc un prétexte pour remettre de l’avant « Voyage dans le delta de l’Indus au Pakistan » afin d’illustrer la complexité environnementale et sociale de cette région du Pakistan.

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Voyage dans le delta de l’Indus, au Pakistan

Le delta de l’Indus au Pakistan, inextricable lacis de canaux naturels, fût pendant longtemps la région la plus fertile du pays. L’abondance d’eau favorisait l’agriculture, surtout la riziculture. Le mélange d’eau douce et d’eau salée permettait aussi le développement de plusieurs espèces marines.

Après la partition de 1947, le Pakistan a construit sur l’Indus le plus important système d’irrigation au monde, composé de dix-neuf barrages, dont deux des plus grands de la planète. Mais l’élaboration de ce complexe en amont du fleuve n’a pas tenu compte des effets à moyen et long terme sur l’environnement et sur la population d’un pays qui dépasse les 132 millions d’habitants. Aujourd’hui, environ 91 % de l’eau du fleuve est détournée à des fins d’irrigation. L’eau douce ne se rendant plus dans le delta, on prive d’eau la population du delta, soit quelque 130 000 personnes. La région côtière de la province du Sind, la plus durement touchée par ce désastre, ressemble désormais à un immense désert.

Un pêcheur du village de Hadji Youssef Katiyar résumé ainsi les bouleversements qui ont affecté la région : « À l’époque nous vivions d’agriculture, mais après l’Indépendance, la mer a complètement enseveli nos terres. Nous avons été forcés de quitter notre village et avons maintenu nos activités agricoles pour un moment. Mais alors que le débit du fleuve diminuait, la terre est devenue de moins en moins fertile. D’agriculteurs, nous nous sommes convertis à la pêche. Nous ne connaissions encore rien de la pêche commerciale. Aujourd’hui, nous devons aller en haute mer, parce qu’il n’y a plus de poisson sur les côtes. Parfois, le voyage dure deux ou même trois semaines. Une fois les dépensées payées, nous recevons environ 100 à 300 Roupies (l’équivalent d’environ 5 $ US). »

En 2004, j’ai traversé des villes et des villages menacés par la désertification. Partout où j’ai passé, les histoires se ressemblaient : Le fleuve de l’Indus, le plus grand réseau d’irrigation du monde, se rétrécit ; la mer gagne du terrain ; l’aridification poursuit sa progression. Partout, des agriculteurs devenus pêcheurs, parce que le sol ne produit plus.

Structuré en cinq chapitres, « Voyage dans le delta de l’Indus » est le récit photographique de ma rencontre avec les habitants du delta de l’Indus qui poursuivent quotidiennement une lutte pour réclamer leurs droits fondamentaux.

(Pour lire les chapitres suivants de « Voyage dans le delta de l’Indus » suivez ce lien.)

A drink?!?… ou La journée mondiale de l’eau – 22 mars

Istanbul, Turquie, août 2008

Istanbul, Turquie, août 2008

Dans les pages éditoriales du devoir ce matin, on mentionne la fin du Forum mondial de l’eau qui se tenait à Istanbul en Turquie.

Il est tout de même difficile de croire que le Sommet a été réticent, selon Guy Taillefer l’éditorialiste, à reconnaître l’eau comme un droit fondamental.

Tout aussi surprenant de lire dans la page d’opinion le texte du doctorant en science politique, Frédéric Julien, que « Virtuellement [c’est moi qui souligne] partout où s’est établi l’humain se trouve suffisamment d’eau pour couvrir ses besoins primaires. » Si à première vue, on peut sembler d’accord avec cette affirmation qui semble logique – pourquoi s’installer, initialement, à un endroit sans eau ? – on ne peut toutefois omettre de prendre en compte dans ce débat, le détournement fait par certaines puissances. Ce n’est pas de façon virtuelle que les Palestiniens sont privés de leur juste part d’eau, que les Israéliens détournent à leurs propres fins.

Il en est de même pour les habitants du Delta du Sindh, au Pakistan. Ce n’est pas virtuellement que cette région est passée de «grenier à riz» du pays au moment de l’indépendance – fin des années 1940 – à un immense désert que la population tente de fuir par tous les moyens. (Voir « Voyage dans le delta de l’Indus, au Pakistan », un documentaire photo.)