Le printemps égyptien… et la poésie

Le Caire, Égypte, décembre 1989

Comme depuis maintenant une semaine, les nouvelles de la révolte de la rue au Caire et ailleurs en Égypte se succèdent dans les médias. Je tente de suivre attentivement. Je vais quotidiennement lire Robert Fisk dans The Independent qui commence son reportage « How much longer can Mubarak cling on? » avec les paroles d’une manifestante:

« The old lady in the red scarf was standing inches from the front of am American-made M1 Abrams tank of the Egyptian Third Army, right on the edge of Tahrir Square. Its soldiers were paratroops, some in red berets, others in helmets, gun barrels pointed across the square, heavy machine guns mounted on the turrets. « If they fire on the Egyptian people, Mubarak is finished, » she said. « And if they don’t fire on the Egyptian people, Mubarak is finished. » Of such wisdom are Egyptians now possessed. […] ».

Toutefois, Tewfik Aclimandos, chercheur au Collège de France et spécialiste de l’histoire de l’Égypte, interviewé par Libération, ajoute :

« Mais si les Égyptiens continuent à manifester, l’armée sera contrainte soit de sacrifier Moubarak, soit de tirer dans la foule, et elle ne veut ni de l’un ni de l’autre. […] », « Le peuple égyptien dominera-t-il sa peur ? » dans Libération (ou dans Le Devoir de ce matin).

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De plus, ce matin un extrait d’un poème de Mohammed Afifi Matar, poète égyptien décédé il y a quelques mois au Caire, retient mon attention. Je cite l’article « La poésie méditerranéenne dans la rumeur des langues » de La république des livres blogue de Pierre Assouline du Monde :

« (…) et sur l’autre rive les soldats du roi cruel aiguisaient leurs lances/ Entre nous le fleuve de la maternité/ le sevrage, entre nous la terre des humiliés, le temps des monarchies, les mamelouks du sang/ unifié, le pain de cuivre/ et l’histoire des prisons/ Et moi ! Ah de la haine –je lance un pont pour qu’ils me tuent/ pour que le fleuve de sang rejette les poissons de tous ces meurtres/ je me retiens j’attaque/ lance un pont pour qu’ils me tuent/ afin de laver mon visage/ et d’apprendre la violence de la nage dans le fleuve de mon sang (…)

La tête coupée par l’épée je la prendrai et m’en irai/ loin du royaume de la peur/ des terres des mamelouks du sang unifié/ dans les cavités de ma tête je plierais le tapis de la terre/ construirai, habiterai/ une patrie, dévoilerai les trésors de ses gravures sanglantes/ chasserai le monde, effacerai la chronique de la voix, l’argile de la mort, les épines de l’alphabet (…) »

« Facing Change » – La crise américaine vu par un collectif de photographes

Détroit, Michigan, États-Unis, 1993

C’est en lisant la version en ligne du Monde ce matin, que j’ai découvert le projet Facing Change, d’un collectif de photographes américains sur la crise économique qui sévit dans ce pays, la première économie mondiale (sic !). Un projet passionnant, un résultat qui vaut le détour.

Je ne peux m’empêcher de penser au webdocumentaire PIB, l’indice humain de la crise économique canadienne auquel j’ai participé… auquel j’ai eu la chance de participer, devrais-je même écrire.

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La photographie est extrait d’un reportage photos que j’ai réalisé en 1993 à Détroit, au moment où la ville et les travailleurs étaient déjà très affectés par la crise de l’automobile. Je voulais documenter l’impact de cette crise sur les travailleurs de même que l’annonce du gouverneur de l’État du Michigan qui allait couper l’aide sociale à toute personne, après deux années de bénéfices. Mais comment pouvait-on imaginer un État sans dernier recours pour sa population privée de travail ?

Nous sortions à peine des années Reagan.

Dimanche matin… ou réflexion sur une certaine démarche en documentaire

La Plaza Saint-Hubert, Montréal, 22 août 2010

Comme chaque matin, je me promène un peu sur le net, « feuillette » mes quotidiens favoris, ainsi que quelques blogues que je suis distraitement et suis tombé sur cette critique d’un documentaire.

D’après l’article « Le documentaire qu’il faut voir » d’Isabelle Regnier dans Le Monde, Qu’ils reposent en révolte (des figures de guerre), de Sylvain George, « apporte tout à la fois une nouveauté dans le genre, et impose son sujet avec la force d’une déflagration. […]

Le film, construit comme une succession de blocs d’action, fait l’effet d’une improvisation de jazz filmique, sur ce que serait la vie de ces gens à Calais. « Pas tout à fait vivant, pas tout à fait mort, pas tout à fait humain, pas tout à fait animal… Entre les deux », commente un de ces migrants, en riant. C’est l’intelligence de l’auteur, que d’avoir restitué aux hommes filmés l’humanité dont les politiques d’immigration œuvrent à les déposséder. […] »

Mais c’est surtout sur le point suivant que je voulais attirer votre attention : le temps nécessaire et indispensable à la création de liens de confiance avec les gens dont on veut faire le « portrait », en tirer un documentaire. Je poursuis avec l’article de Regnier :

« Le point de vue de Sylvain George résulte de sa démarche : il passe peut-être plus de temps la caméra éteinte qu’allumée. « Je suis persuadé qu’un grand film se mesure aussi à l’aune des images qu’on n’a pas tournées », soutient-il. C’est de cette proximité acquise avec ses personnages, de la confiance qu’il a obtenue, que vient la richesse de son film, sa vérité, sa densité. […] » [C’est moi qui souligne.]

Aurons-nous la chance de voir ce film à Montréal et de rencontrer son réalisateur ?