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Articles taggués ‘Rima Elkouri’

Voyages et littérature

16 février 2010
Pétionville, Port-au-Prince, Haïti, 17 janvier 2010

Hier en fin de journée, c’est avec l’aide de Tweeter que je tente de comprendre et amadouer, que j’ai découvert la journaliste Chantal Guy, directrice du cahier Lectures de La Presse. Je ne l’avais jamais lu, ni sur son blogue, ni dans les pages de son journal. Je ne la connais donc pas, mais une amie – Patricia Bergeron – et la chroniqueuse Rima Elkouri du même journal m’y renvoient, par mes abonnements Tweeter…

Chantal Guy était à Port-au-Prince au moment du séisme et depuis, n’avait pas écrit sur son site. Elle l’a repris hier avec « Se soigner à la prose haïtienne » :

« Nous mourrons tous, – et elle appelle le bon Dieu. Mais c’est inutile, parce qu’il y a si tellement beaucoup de pauvres créatures qui hèlent le bon Dieu de tout leur courage que ça fait un grand bruit ennuyant et le bon Dieu l’entend et il crie: quel est, foutre, tout ce bruit? Et il se bouche les oreilles. C’est la vérité et l’homme est abandonné. »

« Ces mots de Delira Délivrance dans les Gouverneurs de la rosée de Jacques Roumain m’ont hanté pendant tout mon séjour en Haïti, d’où je reviens… Lentement. »

Et elle suggère que la meilleure façon de découvrir un pays est avec sa littérature. Idée avec laquelle je suis bien d’accord. J’ai mieux compris l’Afghanistan à la lecture de quelques romans, entre autres les magnifiques livres d’Atiq Rahimi. Pour l’Inde, la même chose avec Rohinton Mistry et son « Équilibre du monde » et plus récemment avec « Tigre blanc » d’Axelle Gupta . Sans oublier Salman Rushdie.

Et un heureux hasard, si je peux dire : je lisais « Pays sans chapeau » de Dany Laferrière au moment où l’on m’a offert de partir avec le CECI pour première une mission humanitaire de reconnaissance.

Je me permets de terminer mon entrée avec les mots de Chantal Guy que je cite dans son ensemble :

« La meilleure façon de se préparer à découvrir un pays, c’est bien de lire ses classiques. J’ai lu beaucoup de romans haïtiens avant de débarquer à Port-au-Prince, espérant capturer l’essence d’un pays plutôt que de demeurer dans les limites de mes paramètres nord-américains. Et dès mes premiers pas en sol haïtien, les mots de Dany Laferrière, Marie Vieux-Chauvet, Gary Victor, René Depestre ou Jacques Roumain m’accompagnaient. Je n’étais pas seule et sans repères. De toute façon, en matière de guide, je n’avais trouvé, dans une librairie spécialisée en voyage, qu’un seul et unique guide touristique sur Haïti, minuscule, Le petit futé, dont les dernières informations dataient de 2005!

Enfin, peu importe ce qui arrive, et même s’il arrive le pire – surtout s’il arrive le pire – il reste au moins cela, l’âme d’un peuple saisi dans sa littérature. Ce n’est sûrement pas pour rien que Dany m’a dit au lendemain du séisme: « Quand tout tombe, il reste la culture ». Et j’ai suivi René Depestre « au fond du puit magique où Jacmel un soir est tombée avec tous ses habitants… »

De retour d’Haïti, et du malheur qui l’accable présentement, je n’ai pas trouvé d’autre médicament que sa littérature. Parce que me complaire dans mon impuissance n’aurait été que de l’apitoiement, un sentiment stérile qui ne sert à personne, pas même à soi. Avant mon départ, je lisais pour entrer en Haïti; à mon retour, je lisais pour y retourner, tout en sachant que bon nombre des paysages vus la veille du 12 janvier 2010 n’existeront plus maintenant que dans la littérature, mais que l’âme contenue dans ces romans sera intacte. Ce qui rassure et effraie à la fois, quand on sait combien la littérature haïtienne a dénoncé, avant tout le monde, les vices et les tares de sa société. On croit à tort que la vérité sur Haïti n’arrive que de l’extérieur, par les journaux. Elle est depuis longtemps dans sa littérature.

Si vous avez raté notre petit dossier sur la littérature haïtienne il y a trois semaines, voici le lien (ainsi qu’une liste de dix incontournables proposés par Rodney Saint-Éloi, écrivain et directeur de la maison d’édition Mémoire d’encrier).

Quant à moi, je vais bien, et je reprends ce blogue à partir d’aujourd’hui! »

Dans les prochains jours et semaines, je poursuivrai la lecture des articles de Chantal Guy pour voir où ils me mèneront.

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«Démagogues s’abstenir»

12 février 2010

Pour relancer le débat que je souhaite constructif, je me permets de citer quelques passages de la chronique de Rima Elkouri « Démagogues s’abstenir », du journal La Presse de mercredi dernier au sujet de la publication du « Manifeste pour un Québec pluraliste ». Débat qui d’ailleurs prend un virage inquiétant, des mots mêmes de la chroniqueuse, des auteurs du manifeste et avec lesquels je suis d’accord.

« C’est de ce constat qu’est né le Manifeste pour un Québec pluraliste. […] ce manifeste met de l’avant une vision ouverte de la société québécoise malheureusement souvent éclipsée dans les récents débats.

[…]

« Pour Daniel Weinstock, le plus inquiétant, c’est le ton qu’a pris le débat. Il y a une violence dans ce ton, note-t-il. Et pas seulement dans le «far-west de la blogosphère», mais aussi chez certains commentateurs dans les médias. Plutôt que de s’en tenir à un débat d’idées, on tombe malheureusement très facilement dans la caricature, l’invective et les procès d’intentions. Il faut donc tenter d’assainir le débat, dit-il avec raison.

[…]

« Ces discours inquiétants, note M. Weinstock, ressemblent à ceux entendus à d’autres époques sur l’impossibilité d’intégrer les Irlandais, les Chinois ou les Juifs. «L’histoire nous enseigne que l’on a toujours tort quand on condamne toute une communauté. Au Canada, on l’a fait plusieurs fois depuis le début de notre histoire. Et ce n’est jamais bon.»

« Pour Jocelyn Maclure, le plus inquiétant, ce sont d’abord et avant tout les possibles impacts politiques de ce débat qui dérape. Il y a d’un côté le Parti québécois, qui prépare un projet de Charte de la laïcité et qui flirte parfois avec un nationalisme plus conservateur, observe-t-il. De l’autre, le Parti libéral ne fait pas preuve d’un courage très impressionnant sur la question identitaire. «Il n’y a aucun leadership politique sur ces questions. On sait que ce sont des questions délicates. Les partis politiques n’ont pas envie de défendre des positions courageuses, impopulaires, mais qui devraient être défendues.»

[…]

« Jocelyn Maclure croit que l’on fait fausse route en penchant pour une vision plus rigide et sévère de la laïcité. «Je ne pense pas que l’on ait besoin d’un outil juridique pour rendre le Québec laïque. Le Québec est déjà laïque. L’État québécois ne prend pas ses ordres d’une religion donnée, il cherche à être neutre par rapport à tous les courants religieux et séculiers. Avec notre charte des droits, on est déjà une société laïque sur le plan de nos institutions.»

[…]

« Même s’il laisse bien des questions en suspens – notamment celle, toujours litigieuse, du port des signes religieux dans la fonction publique -, le manifeste des pluralistes a le mérite de proposer une troisième voie à ceux qui, comme moi, ne se reconnaissent ni dans la vision nationaliste conservatrice ni dans le discours des tenants d’une laïcité stricte. Et que l’on soit d’accord ou pas avec la vision proposée, il faut saluer l’initiative de ceux qui ont lancé ce projet. Le débat est trop important pour le laisser aux mains de démagogues ou de politiciens peu courageux.

« Il reste à espérer que ce manifeste ne soit pas enterré aussi vite que le rapport Bouchard-Taylor. »

(C’est moi qui souligne)

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